La lecture d'un roman jette sur la vie une lumière.
— Louis Aragon

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jeudi 29 septembre 2016

Un Coupable presque parfait de Robin Stevens — Chronique n°248

"Le problème, dans cette école, c'est que tout le monde a beaucoup trop de secrets. Et la plupart d'entre eux sont complètement sans intérêt. Ca ne facilite pas le travail d'une détective !"

Titre : Un Coupable presque parfait
Auteure : Robin Stevens
Genre : Jeunesse | Policier
Éditions : Flammarion Jeunesse
Lu en : français
Résumé : Angleterre, 1934, à l'école de filles Deepdean. 




Lorsque Daisy Wells et Hazel Wong fondent leur agence de détectives privés, elles espèrent débusquer une enquête digne de ce nom. Tout bascule subitement le jour où Hazel découvre la prof de sciences étendue dans le gymnase. Le temps d’aller chercher Daisy, le corps a disparu. Dès lors, il ne s’agit plus seulement d’un crime à résoudre mais d’un crime à prouver, et ce, avant que le coupable ne frappe de nouveau. Chaque minute compte lorsque tout indique que le meurtrier est là, coincé à vos côtés, dans l’école où vous vivez.

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Un grand merci aux éditions Flammarion pour cet envoi !
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J'aime comme vous le savez varier les plaisirs en matière de littérature, et j'éprouve ainsi un grand plaisir à m'immerger de temps à autre dans des romans jeunesse, surtout lorsqu'ils sont de qualité – ce qui paraît plutôt logique. Un Coupable presque parfait m'avait tout l'air d'appartenir à cette catégorie favorable, avec son résumé intrigant et enlevé, promesse d'une intrigue vive et pleine de mystère. Et j'ai été loin d'être déçue...

La narratrice du roman, Hazel, consigne ici la toute première enquête du club de détectives qu'elle a fondé avec sa meilleure amie, Daisy, dans un pensionnat anglais pour jeunes filles des années 1930... Une enquête aux enjeux bien plus considérables que tout ce que les deux enquêtrices auraient pu imaginer, puisqu'il ne s'agit de rien de moins que de démasquer un meurtrier, qui a non seulement assassiné l'un de leurs professeurs, 

On peut avoir des doutes quant à la capacité de l'auteure à faire de cette histoire somme toute assez sordide un roman jeunesse... Il n'en est rien ! Force est d'avouer que le charme opère...
En restant toujours dans une atmosphère plaisante et terriblement drôle, mais sans non plus sombrer dans un détachement inhumain vis-à-vis de la mort de la victime, Hazel et Daisy mènent une enquête trépidante, riche en rebondissements, qui nous plonge dans leur petit univers, leur cercle d'amies du pensionnat... Et révèle que le talent n'est pas toujours là où on le croit ! 

Les pages du roman se tournent toutes seules, surtout une fois parvenu à la seconde moitié, la plus dense et la mieux rythmée, au cours de laquelle les pièces du puzzle se remettent en place avec autant de justesse que dans un roman policier de facture "classique". 
On éprouve de plus un véritable attachement pour Hazel, une narratrice peu sûre d'elle, mais humaine, en un mot attachante, qu'on soutient infailliblement tout au long de l'enquête... Et dont on rêve de la voir s'émanciper ! Daisy et sa personnalité bouillonnante est également une figure forte du récit, dont l'autorité excessive, la quasi-cruauté envers son amie plus réservée qu'elle, peuvent cependant conduire les jeunes lecteurs à la réflexion... Le roman aborde ainsi, l'air de rien, mais avec efficacité, des sujets importants comme la différence, le racisme, l'amitié...

En bref, un récit tout à fait prenant, au rythme travaillé et entraînant, à la plume légère et pétillante, qui introduit des héroïnes pour le moins prometteuses... Dont leurs jeunes lecteurs – et même moins jeunes – seront ravis de faire la connaissance, et auront même envie de découvrir la suite des aventures par la suite !

Note attribuée : 8/10


dimanche 25 septembre 2016

Les Évadés du bocal de Bruno Lonchampt — Chronique n°247

"Nos choix et ceux des autres-tout les autres-
façonnent les reliefs du monde,
les trous béants comme les sommets.
Ajoute le destin et le hasard,
tu obtiens le bordel organisé qui dérègle nos vies.
Aussi fragile que les battements de ton cœur."

Titre : Les Évadés du Bocal
Auteur : Bruno Lonchampt
Éditions : Sarbacane (collection Exprim')
Lu en : français
Nombre de pages : 173
Résumé : Ils sont trois à s'évader de leur hôpital psychiatrique.

Trois "Pieds-Nickelés" qui s'unissent pour contrer le complot mondial qu'ils sont certains d'avoir découvert. 

Évidemment, ils sont quand même bien allumés. Évidemment, ils sont gavés de médocs depuis des années. Évidemment, leur cavalcade n'est peut-être qu'une gigantesque farce loufoque.

N'empêche : et s'ils avaient raison ?...

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Un grand merci aux éditions Sarbacane pour cet envoi !

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Avec chacune de ses nouvelles parutions, la collection Exprim' ne cesse de nous surprendre, offrant des titres extrêmement variés, mais tous unis par le même humour décapant, le même sens critique subtil, la même écriture vive et enlevée. Une fois de plus, j'ai été séduite et enchantée par cette nouvelle parution pour le moins surprenante !

En l'espace de quelques chapitres, on est immergé dans l'atmosphère bien particulière d'un hôpital psychiatrique, dont trois patients vont bientôt s'échapper, persuadés d'échapper à un conflit d'ampleur mondial... Et bien décidés à, pourquoi pas, le déjouer. 
Il va sans dire que l'évasion, puis la cavalcade, réservent de multiples imprévus, et que les psuedo-justiciers auront bien du mal à, disons, se canaliser. Mais ces difficultés ne pourraient-elles pas justement leur rendre service ?
Dans quelle mesure peut-on faire confiance à ces antihéros, incapables de compter sur eux-mêmes seulement ? Quel crédit accorder à leurs soupçons lorsque l'on sait qu'ils sont si instables, qu'ils ont traversé tant d'épreuves ? Voilà la question ingénieuse et délicieusement torturante que nous soumet Bruno Lonchampt...

Le texte est tourbillonnant de vivacité, les rebondissements plus imprévisibles les uns que les autres, la plume de l'auteur aussi déstabilisante que captivante. On vit, le temps de quelques deux cents pages, au rythme des émotions paroxystiques de ces personnages hors du commun, tiraillé entre notre prétendue rationalité et leur supposée paranoïa... Jusqu'à un dénouement très réussi, tout en révélations et en remises en question.

En bref, un titre débordant d'inventivité et d'originalité, hilarant tout en demeurant profondément émouvant, au rythme haletant et au suspense indéniable. Les péripéties s'enchaînent à une intensité à couper le souffle, les personnages, si extravagants mais si fragiles, ne peuvent que séduire et émouvoir... Un peu court peut-être, on n'aurait pas dit non à quelques pages de plus en compagnie de ce trio infernal, mais un récit amplement satisfaisant tout de même !

Note attribuée : 8/10

mardi 20 septembre 2016

Là où elle repose de Kimberly McCreight — Chronique n°246

Titre : Là où elle repose
Auteure : Kimberly McCreight
Genre : Thriller
Éditions : Le Cherche-Midi
Lu en : français
Nombre de pages : 409
Résumé : À Ridgedale, petite ville aisée du New Jersey, le corps d’un bébé est retrouvé dans les bois voisins de l’université. Malgré toutes les rumeurs et les hypothèses que ne manque pas de susciter le drame, personne ne connaît l’identité de la fillette et encore moins les raisons de sa mort. Molly Anderson, journaliste indépendante récemment arrivée avec son mari et sa fille, est recrutée par le journal local pour couvrir le fait divers. Une affaire, pour la jeune femme, qui réveille un tourment douloureux. En effet, elle a perdu un bébé et ne s’est jamais vraiment remise de cette épreuve… Or, ses investigations vont mettre à jour certains secrets bien enfouis de cette petite communauté aux apparences si convenables.

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J'avais tant aimé Amelia. Je l'avais englouti avec passion, j'avais frémi en suivant le destin de son héroïne, j'avais été touchée par le parcours du combattant qu'emprunte la narratrice, mère d'une adolescente suicidée sans aucune explication, convaincue que sa fille a été victime d'un meurtre contrairement à ce qu'indiquent toutes les preuves, et qui entreprend de découvrir la vérité.

Aussi, lorsque j'ai découvert qu'un autre roman de l'auteure venait de paraître en France, il ne m'a guère fallu plus de quelques millisecondes pour me jeter sur le charmant ouvrage et m'y plonger goulûment.

À un moment donné, je l'ai payé aussi. Mais c'est secondaire.

Question : Là où elle repose est-il aussi bon qu'Amelia ?
Réponse : Pas tout à fait. Mais presque.

Comme dans le précédent roman de l'auteure, on se retrouve irrémédiablement happé par l'histoire dès les tous premiers chapitres. Le mystère principal se met rapidement en place, le réseau de personnages devient familier en un rien de temps, et la tension créée par l'auteure se fait vite d'une belle intensité. 
Le rythme est indéniablement bien équilibré, avec des allers-retours entre passé et présent plutôt maîtrisés, malgré une fin peut-être un peu dense. 
Tout cela pour dire que si vous avez une dissertation à rédiger de façon urgente, vous feriez clairement mieux de vous abstenir de plonger le nez dans ces pages. Parce qu'avec une histoire d'une telle addictivité, il est difficile de maintenir un sens des priorités... sensé, justement

Kimberly McCreight a sans surprise conservé son excellente plume, naviguant avec talent entre les points de vue, et créant des portraits psychologiques tout simplement fascinants. Ses personnages sont toujours d'une grande complexité – sans que cela ne mène à la confusion, naturellement ! –, et ne se révèlent jamais sous le jour attendu. Certaines figures, telle Molly, la principale narratrice du roman, se reconstruisent et mûrissent, tandis que d'autres se laissent rattraper par leurs démons, ou que d'autres encore cachent des secrets insoupçonnables... 

L'auteure décrit des faits et des situations souvent durs, complexes, mais sans jamais se départir d'une certaine pudeur. Elle frappe fort, juste, mais ne sombre jamais dans le trash ou le gore. Explorant l'actualité avec acuité, elle met en lumière la complexité des relations entre parents et enfants, et la façon dont se construisent ou non les adolescents aujourd'hui.

En bref, une lecture captivante, qui vous fera frissonner, vous torturera l'esprit et vous transportera sans faute le temps de quelques centaines de pages. Là où elle repose vient confirmer la virtuosité de Kimberly McCreight, qui tend à s'imposer comme un grand nom du thriller psychologique ! Dans l'attente de découvrir un autre de ses romans, The Outliers, je ne peux que vous inviter à vous lancer...

Note attribuée : 8,5/10

vendredi 16 septembre 2016

Et mes yeux se sont fermés de Patrick Bard — Chronique n°245

"Je suis veuve, deux fois veuve, et je n’ai que seize ans. Mon premier mari a été pulvérisé par une roquette avant que j’aie eu le temps de le rencontrer. Ils ont tué le second quand nous avons fui la Syrie ensemble."


Titre : Et mes yeux se sont fermés
Auteur : Patrick Bard
Genre : Contemporain
Éditions : Syros
Lu en : français
Nombre de pages : 196
Résumé : Tout le monde change durant l'adolescence. Maëlle n'est pas différente des autres filles de seize ans. Cette année-là, elle passe de plus en plus de temps sur Facebook, abandonne le sport, modifie sa façon de s'habiller, quitte son petit ami... Sans hésitation ni compromis, elle prend un virage à 180 degrés. S'il y a une chose qui ne change pas chez Maëlle, c'est son caractère déterminé. C'est pour sauver le monde que, victime d'un rapt mental, elle rejoint les combattants de Daesh. Maëlle devient Ayat.

L'histoire d'une adolescente française revenue de Syrie.

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Un grand merci aux éditions Syros pour cet envoi !

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Voici un roman dont j'espère qu'il sera mis en avant, qu'il remportera du succès, tout simplement parce que c'est un livre qui, à mes yeux, peut changer des choses. 
Il ne révolutionnera pas le cours de la rotation de la Terre, non. Mais, à son échelle, il ouvrira les yeux justement – jeu de mots de l'ultime, je sais – à un certain nombre de lecteurs, d'adolescents et de jeunes adultes, perdus dans le flot d'informations contradictoires qui pleuvent sur eux aujourd'hui. Embrigadement, propagande, radicalisme, voilà des termes si fréquemment répétés qu'ils en perdent leur réalité, devenant de vagues concepts surtout chargés de haine.

Et ce récit permet d'associer, tout en justesse et tout en délicatesse, de réelles émotions, des situations frappantes de réalisme, à ces termes. Avec l'histoire de Maëlle, 16 ans, qui est prise au piège de la propagande islamiste à l'âge de 16 ans et fuit pour la Syrie, abandonnant sa famille pour un rêve illusoire de justice, on peut prendre conscience de la "banalité" d'une telle histoire, du moins de sa plausibilité. Cela peut arriver à n'importe qui, Maëlle n'a rien d'un monstre, au contraire, c'est par soif de justice qu'elle commence à s'intéresser aux théories djihadistes. 
Chacun des personnages du livre a droit à une part de narration, à quelques pages dans lesquelles il vient apporter son ressenti. Ainsi se mêlent les voix de Maëlle, de sa psychologue, de sa mère, de son professeur de français, sa sœur ou encore son ex, brossant un tableau incroyablement réaliste touchant de cette descente aux enfers inimaginable, et de la lente rédemption qui est toujours possible.

Et en effet, Et mes yeux se sont fermés est également une formidable leçon d'espoir. Malgré la rancœur, malgré l'incompréhension et la détresse, rien n'est perdu. Même après avoir été confronté à l'horreur pure et simple, à l'injustice, à la mort dans ses conditions les plus brutales, un futur est possible, un pardon peut être accordé. C'est émouvant, et surtout, c'est inspirant.

En bref, une véritable invitation à la tolérance, un roman choral marquant, intimiste sans être intrusif, intense sans être violent, qui parvient sans que l'on s'en rende compte à se frayer un chemin jusqu'à notre petit cœur et notre petite tête, et donne le sentiment, lorsque l'on le referme, d'avoir indéniablement progressé dans son questionnement sur ce sujet si sensible et malheureusement si actuel.

Note attribuée : 9/10

mardi 13 septembre 2016

Le Voyant de Jérôme Garcin — Chronique n°244

"Il fait une découverte stupéfiante. Au lieu de tourner ses yeux morts vers l'extérieur, il les oriente vers l'intérieur, en lui-même, où il peut vivre, courir, dessiner, où tout est plus stable et plus amical qu'au-dehors, où rien ne distingue le jour de la nuit, où les ombres n'ont plus leur place, où il peut déplacer à sa guise l'horizon, où il a le sentiment d'aborder un continent neuf et vierge [...]
Alors il éclate de joie : ses yeux ne sont pas fermés, ils sont seulement renversés."


Titre : Le Voyant
Auteur : Jérôme Garcin
Genre : Biographie
Éditions : Folio
Lu en : français
Résumé : Le visage en sang, Jacques hurle: "Mes yeux ! Où sont mes yeux ?" Il vient de les perdre à jamais. En ce jour d'azur, de lilas et de muguet, il entre dans l'obscurité où seuls, désormais, les parfums, les sons et les formes auront des couleurs.

Né en 1924, aveugle à huit ans, résistant à dix-sept, membre du mouvement Défense de la France, Jacques Lusseyran est arrêté en 1943 par la Gestapo, incarcéré à Fresnes puis déporté à Buchenwald. Libéré après un an et demi de captivité, il écrit Et la lumière fut et part enseigner la littérature aux États-Unis, où il devient « The Blind Hero of the French Resistance ». Il meurt, en 1971, dans un accident de voiture. Il avait quarante-sept ans.

Vingt ans après Pour Jean Prévost (prix Médicis essai 1994), Jérôme Garcin fait le portrait d'un autre écrivain-résistant que la France a négligé et que l'Histoire a oublié.


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Les portraits des héros de la Seconde Guerre mondiale se suivent et ne se ressemblent pas, du moins à mes humbles petits yeux. Le moindre des récits de ces parcours hors du commun, chacun de ces ouvrages capitaux, parvient à capter mon attention et à me faire vibrer tout au long du roman. Comment rester indifférent à la description de tels engagements, de personnages d'une telle intégrité ?

Avec Le Voyant, ouvrage ayant remporté un grand succès médiatique, Jérôme Garcin livre ici le portrait saisissant de Jacques Lusseyran, brillant intellectuel du vingtième siècle, devenu aveugle dans son enfance, mais doté d'une force de caractère unique qui le pousse à s'engager dans la Résistance au cours de l'Occupation.

Vous n'aviez jamais entendu ce nom auparavant ?
Moi non plus.
Mais n'ayez crainte, cette triste situation arrive à son terme. Du moins si je parviens à vous convaincre.

Le Voyant permet indéniablement de faire la connaissance d'un homme admirable et inoubliable, et donne assurément à son lecteur l'envie de poursuivre cette découverte de Jacques Lusseyran, par exemple à travers ses ouvrages, fréquemment mentionnés par l'auteur. Les qualités humaines de ce Voyant aveugle sont omniprésentes, flagrantes, touchantes, même lorsque Jérôme Garcin révèle les côtés sombres du personnages, les passages moins glorieux de son existence. 

À la lecture de ce texte, on ressent des sentiments d'une force saisissante : admiration et répulsion, surprise et soulagement se heurtent. La biographie peut sembler être un genre assez aride, froid, mais ici, vous l'aurez compris, il n'en est rien. L'auteur use un ton aussi vif, un rythme aussi enlevé que s'il s'agissait d'une histoire de sa propre création, et l'effet est immédiat et incontournable : les pages se tournent à une vitesse folle, et le petit ouvrage ne fait pas long feu entre les mains du lecteur.

Cependant, la présence de Jérôme Garcin se fait assez forte par moments, peut-être trop. L'auteur a en effet tendance à se placer comme systématique intermédiaire entre le lecteur et Lusseyran, quitte à donner le sentiment d'éloignement par rapport au héros aveugle. Par ailleurs, les commentaires assez personnels de Garcin sont nombreux et peuvent gêner, de même que son style très particulier, employant des termes surprenants... Mais à mes yeux, cette plume sert bien souvent le propos du texte, permettant un ton lyrique tout à fait approprié aux circonstances et événements extraordinaires qui marquent le cheminement du héros.

En bref, une lecture qui ne peut laisser indifférent, et qui réhabilite avec talent et engagement un héros injustement méconnu de la Résistance. Porté par une écriture assez particulière et un auteur pour le moins investi dans la reconstitution du destin de Jacques Lusseyran, Le Voyant est un ouvrage qui ne s'oublie pas de sitôt !

Note attribuée : 8/10

lundi 12 septembre 2016

C'est Lundi, que lisez-vous ? [38]

Bonjour à tous !

C'est Lundi, que lisez-vous ?

Rendez-vous créé par Mallou qui s'est inspirée de It's Monday, what are you reading ? de One Person's Journey Through a World of Books. Le récapitulatif des liens se fait sur le blog de Galleane

Ce que j'ai lu la semaine dernière...

Semaine exigeante et fatigante, mais semaine de lecture tout de même – voyons, depuis quand des choses aussi futiles que les cours ou les échéances scolaires ou professionnelles nous empêchent-elles de lire de tout notre saoul ? Mmm 

ENVERS ET CONTRE TOUT, JE LIRAI. Yeah.
Les Évadés du Bocal de Bruno Lonchampt : un roman complètement déjanté dont le ton et les personnages plutôt déstabilisants m'ont finalement beaucoup plu !
Là où elle repose de Kimberly McCreight : j'ai adoré retrouver Kimberly McCreight, dont le roman Amelia m'avait tant plu... Elle excelle à nouveau dans la rédaction de ses thrillers psychologiques, et je cautionne !
Et mes yeux se sont fermés de Patrick Bard : un roman bouleversant, qui décrit la radicalisation et le départ en Syrie d'une adolescente pourtant sans histoires, dont je ne pensais pas qu'il me toucherait autant... Je vous en reparle au plus vite !
Une Étude en rouge d'Arthur Conan Doyle : je suis amoureuuuuuse de Sherlock. Tout simplement. Je continue à regarder compulsivement la série, et je sens que cette passion ne va pas aller en s'atténuant.

Ce que je suis en train de lire...
Un coupable presque parfait de Robin Stevens : je n'ai pas vraiment eu l'occasion d'avancer, mais ce n'est aucunement par manque d'intérêt, lassitude ou que sais-je !
Aeternia tome 2 de Gabriel Katz : je progresse avec plaisir dans cette suite en tous points divertissante !
Si c'est un homme de Primo Levi : je l'ai pratiquement achevé... et que dire, si ce n'est que j'ai rarement été aussi ébranlée, aussi atteinte par un témoignage ?

Ce que je compte lire ensuite...
Les aventures de Charlotte Holmes de Brittany Cavallaro : un roman qui décrit, comme son nom l'indique de façon tout à fait éloquente, les enquêtes de l'arrière-petite-fille de Sherlock... J'ai hâte de voir ce que cela peut donner !
Macha ou l'évasion de Jérôme Leroy : un titre qui me paraît d'une originalité remarquable, et dont j'avoue attendre beaucoup ! 
Illuminae de Amie Kaufman : un roman dont l'intrigue se déroule dans l'espace – ouiiiiiii –, qui pèse l'équivalent de trois briques, et qui me semble passionnant à souhait !

Sur ce, je vous souhaite une excellente semaine !



dimanche 11 septembre 2016

La Marque d'Anne Loyer — Chronique n°243

Titre : La Marque
Auteure : Anne Loyer
Éditions : Bulles de savon
Genre : Post-apocalyptique | Dystopie
Lu en : français
Résumé : Dans un monde où le réchauffement climatiqe a imposé sa loi, la Terre a été dévorée par le soleil. La vie s'est organisée autour de Kyos, cité-oasis qui possède et distribue l'eau, denrée essentielle en ce désert sans fin. Pour en bénéficier, encore faut-il avoir un enfant marqué. La Marque brille au front de Sika. Elle vient d'avoir quinze ans et elle sait qu'elle doit rejoindre Kyos pour permettre aux siens de survivre. Mais sa rencontre avec Rey, qui a refusé d'obéir au diktat de la cité-oasis, va lui ouvrir les yeux. Pourront-ils, ensemble, échapper à l'emprise de Kyos ?

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Un grand merci aux éditions Bulles de savon pour cet envoi !

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Anne Loyer est une auteure dont j'ai déjà eu l'occasion d'apprécier le talent avec la La Belle Rouge il y a quelques mois, et dont je me réjouissais de retrouver la plume, ici dans un registre totalement différent, puisque l'on passe d'un road-trip inter-générationnel à une authentique dystopie au rythme effréné. La transition s'est faite on ne peut plus naturellement, et cette lecture a été aussi sinon plus agréable encore que la précédente !

L'auteure introduit ici un univers complexe mais passionnant, dont on se passionne d'autant plus de découvrir les fondements qu'elle ne délivre les informations le concernant au compte-gouttes, rendant son lecteur suffisamment informé pour qu'il puisse profiter de l'histoire, mais suffisamment ignorant pour qu'il ait irrésistiblement envie de poursuivre sa lecture... Très vite, on découvre l'horreur de ce monde dans lequel tous les cinq ans, une générations d'élus, les Marqués, âgés de quinze ans, est livrée à Kyos afin que cette cité-oasis délivre des réserves d'eau au reste d'un monde asséché par le réchauffement climatique.

Ambiance.

Les Marqués n'ont pourtant absolument aucun problème à foncer allègrement dans l'inconnu, il s'agit même d'une glorieuse perspective d'avenir pour eux. Enfin, pour la plupart.
En effet, il y a cinq ans, un jeune Marqué, Rey, a fui le jour de son "initiation", et ce souvenir honteux hante la mémoire de la génération suivante. Comment l'oublier ? Et s'il avait eu raison ? 

L'histoire est assez longue à se mettre en place, sans que cela soit dérangeant, puisque c'est ce qui permet au lecteur de s'être pleinement approprié l'intrigue et le contexte une fois que l'action s'emballe. 
L'attention portée aux subtilités des personnages est remarquable, tout comme le dynamisme que l'auteure a voulu insuffler à son roman. Les chapitres se succèdent sans temps mort, alternant différents points de vue, proposant autant de décors qu'un film aurait pu le faire. Les péripéties sont nombreuses, très rapprochées les unes des autres puisqu'il s'agit d'un one-shot, et parviennent sans aucun mal à captiver le lecteur. Peut-être le rythme du roman est-il légèrement trop intense, et certaines évolutions se font-elles un peu rapidement, mais on ne peut vraiment faire ce reproche à La Marque, puisque l'essentiel est que la lecture se fait avec plaisir, gloutonnerie... et même boulimie !

En bref, en élaborant une dystopie créative et en brossant de touchants portraits de personnages, Anne Loyer livre ici une fable post-apocalyptique réussie, se maintenant dans une action haletante et se démarquant toujours par sa plume agréable et entraînante !

Note attribuée : 8,5/10

mercredi 7 septembre 2016

L'Ogre à Poil(s) de Marion Brunet — Chronique n°242

Titre : L'Ogre à Poil(s)
Auteure : Marion Brunet
Illustratrice : Joëlle Dreidemy 
Genre : Jeunesse
Éditions : Sarbacane (collection Pépix)
Lu en : français
Nombre de pages : 176
Résumé : L’inquiétude est à son comble quand Yoan et Abdou apprennent que leur copine Linda est en danger, comme tous les habitants de la forêt : ogres, loups, sorcières… Accompagnés de l’ogre et de mémé Janine, les deux copains repartent à l’aventure – pour éradiquer l’usine de traitement de déchets radioactifs qui rend malades tous les habitants de la forêt. Vous connaissez Abdou et Yoan : ils sont futés et courageux. N’empêche, ce coup-ci, la mission est périlleuse, et l’issue incertaine. Si ni les sorcières, ni les ogres, ni les loups, n’ont pu venir à bout des empoisonneurs, qui le pourrait ? Le dernier dragon, peut-être ?

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Un grand merci aux éditions Sarbacane pour cet envoi ! 

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Ce n'est plus à vérifier, peu importe le genre, peu importe la tonalité de l'histoire, la plume de Marion Brunet saura toujours me plaire. Vive, pleine d'humour et de sensibilité à la fois, elle parvient à livrer des romans jeunesse de grande qualité, mais également des titres pour jeunes adultes qui savent atteindre nos petits cœurs tous mous de lecteurs... Ici encore, le charme a opéré avec son dernier titre jeunesse, le troisième tome de la saga de l'Ogre.

On retrouve ici Abdou, le narrateur et Yoan, son meilleur ami, qui poursuivent leur existence au foyer, tout en chérissant le souvenir de leurs folles aventures passées en compagnie de leur ogre préféré, Romain, de leur grand-mère de cœur, Janine, et de leur amie, Linda, désormais apprentie sorcière. 
À l'approche des vacances, alors que les deux garçons se préparent à partir en vacances en Ardèche – une perspective qui les emplit d'une joie particulièrement intense –, ils sont appelés à l'aide par une crevette parlante, qui les avertit qu'un grand danger plane sur la forêt et ses habitants... Abdou et Yoan n'ont alors  d'autre choix que de retrouver leurs amis pour leur porter secours, quitte à sacrifier au passage un certain pull rose griotte 

Que dire, sinon que cette histoire est aussi enlevée, rythmée et débordante d'humour que les précédentes, qu'elle se dévore en un rien de temps, et qu'elle ne manquera pas de faire rire et rêver chacun de ses lecteurs, peu importe son âge ? Tout est réussi : la qualité et l'expressivité des illustrations,  l'originalité avec laquelle l'auteure sensibilise les plus jeunes à la cause de l'écologie, ou les savoureux "bonus", en passe de devenir la spécialité des romans Pépix... On peut difficilement trouver quoi que ce soit à reprocher à L'Ogre, pas plus qu'à n'importe lequel des savoureux romans jeunesse de la collection. 

En bref, un titre à mettre entre les mains de tous les petits humanoïdes autour de vous, qu'ils soient déjà d'invétérés lecteurs, ou qu'ils aient justement un peu de mal à se lancer dans des romans. Foi de Capucine, personne n'aura ici la moindre difficulté à se laisser emporter par les folles péripéties d'Abdou, des sorcières et même du dernier des dragons... pas même les plus âgés.

Note attribuée : 9/10


lundi 5 septembre 2016

C'est Lundi, que lisez-vous ? [37]


Bonjour à tous !

C'est Lundi, que lisez-vous ?

Rendez-vous créé par Mallou qui s'est inspirée de It's Monday, what are you reading ? de One Person's Journey Through a World of Books. Le récapitulatif des liens se fait sur le blog de Galleane

Ce que j'ai lu la semaine dernière...

Comme vous allez commencer à le savoir, cette semaine, c'était la rentrée – mais hors de question de sacrifier nos lectures sur l'autel de cette nouvelle année scolaire, n'est-ce pas. J'ai donc achevé en ces jours de transition cinq romans !
La Marque d'Anne Loyer : un roman d'anticipation très réussi, à l'action dense mais bien dosée, dont je vous reparlerai très vite cette semaine ! 
Harry Potter and the Cursed Child de J. K. Rowling, John Thorne et Jack Tiffany – VO : il ne s'agissait clairement pas du huitième tome annoncé par les campagnes de publicité, mais The Cursed Child reste une lecture très plaisante et divertissante, un bonus que l'on ne peut qu'apprécier !
À la place du cœur – saison 1 d'Arnaud Cathrine : un roman dont je ne pensais pas qu'il me toucherait autant, que sa plume si particulière me plairait à ce point... À découvrir !

L'Ogre à poil(s) de Marion Brunet : le troisième opus de la série jeunesse de Marion Brunet chez Pépix, toujours aussi drôle et déjanté !
Le Banquet de Platon : une lecture qui me rappelle gaiement que le temps du dur labeur scolaire et de la philosophie est venu... mais que j'ai tout de même beaucoup appréciée !  

Ce que je suis en train de lire...

Les évadés du bocal de Bruno Lonchampt : un roman loufoque et vraiment prenant, dont je n'ai pas encore atteint la moitié tout simplement parce que j'en profite !

Un coupable presque parfait de Robin Stevens : un SP jeunesse amusant et enlevé à souhait !

Une étude en rouge d'Arthur Conan Doyle : je suis en train de tomber amoureuse de Sherlock Holmes, en immense partie grâce à une amie qui a déjà prévu de l'épouser dans une prochaine existence... En parallèle de la série de BBC, je découvre les romans !

Ce que je compte lire ensuite...

La Danse des Vivants d'Antoine Rault : il a l'air si génial, mais si génial ! Un premier roman dont le personnage principal se réveille amnésique au lendemain de la Première Guerre mondiale, et mène tant bien que mal sa vie dans les ruines d'une Allemagne meurtrie...

Aeternia tome 2 – L'Envers du monde de Gabriel Katz : la suite d'un roman de fantasy qui m'avait beaucoup plu, à la fin extrêmement surprenante !

Si c'est un homme de Primo Levi : je me le suis enfin procuré, ce témoignage dont on m'a dit tant de bien, ce classique qui manque à mes étagères !

Sur ce, je vous souhaite une excellente semaine !

dimanche 4 septembre 2016

À la place du cœur d'Arnaud Cathrine — Chronique n°241

"J'ai dix-sept ans, la vie devant moi et de la mort partout. Une saloperie d'équation à résoudre."

Titre : À la place du cœur – Saison 1
Auteur : Arnaud Cathrine
Genre : YA | Contemporain
Éditions : Robert Laffont (collection R)
Résumé : Ce soir, Caumes a 17 ans et attend le déluge. Il ne sait qu'une chose : à la fin de l'année, il quittera sa ville natale pour rejoindre son frère aîné à Paris. Paris, la ville rêvée. Ce soir, Caumes a 17 ans et attend aussi le miracle qui, à son grand étonnement, survient : Esther – sujet de tous ses fantasmes – se décide enfin à lui adresser plus de trois mots, à le regarder droit dans les yeux et à laisser deviner un « plus si affinités »...

Nous sommes le mardi 6 janvier 2015 et le monde de Caumes bascule : le premier amour s'annonce et la perspective obsédante de la « première fois ». Sauf que le lendemain, c'est la France qui bascule à son tour : deux terroristes forcent l'entrée du journal Charlie Hebdo et font onze victimes...

À la place du cœur, c'est ça : une semaine, jour après jour, et quasiment heure par heure, à vivre une passion sauvageonne et exaltante ; mais une semaine également rivée sur les écrans à tenter de mesurer l'horreur à l'oeuvre, à tenter de ne pas confondre l'information en flux continu avec un thriller télé de plus. Comment l'amour (qui, par définition, postule que « le monde peut bien s'écrouler ») cohabite-t-il avec la mort en marche ? Comment faire tenir ça dans un seul corps, dans une seule conscience ? Comment respirer à fond le parfum de la fille qu'on aime et comprendre, dans le même temps, que le monde qui nous attend est à terre ?


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J'avais peur de voir ce qu'allait donner ce roman. Comment peut-on mêler l'histoire d'amour naissante d'un adolescent de dix-sept ans et les attentats de janvier 2015 sans choquer, sans heurter les sentiments de ses lecteurs ? Est-il possible de livrer si tôt une fiction sur des événements si douloureux ? 

Il est effectivement profondément déstabilisant d'être confronté en tant que lecteur à des événements si récents, si marquants, dont on porte chacun une cicatrice encore luisante et douloureuse. Le souvenir de ces quelques jours de janvier 2015 est si vivace dans l'esprit du lecteur qu'il peut presque craindre de revivre ces événements de façon fictive, dans une espèce d'hésitation entre la réalité et l'imagination...

Mais ce que je redoutais le plus est justement ce qui fait la beauté de ce roman. Ce mélange, si terrible mais si vrai à la fois. L'horreur absolue et l'espoir ne font qu'un, les sentiments contradictoires se heurtent dans le chaos le plus total, et malgré cela, un futur reste possible. Un amour peut se construire, un adolescent peut grandir et se découvrir.

Je n'ai pas accroché tout de suite au style ni aux idées d'Arnaud Cathrine. Il m'a ainsi fallu presque une moitié de roman pour réaliser que cette plume si particulière me plaisait bel et bien. Les mots sont crus – sans être vulgaires –, abrupts, terriblement authentiques. On entend véritablement la voix d'un adolescent, on est aussi heurté que lui par la violence de ses émotions, de ce qui l'entoure. Il n'est pas garanti que chacun d'entre vous accrochera à ce style unique, mais l'expérience reste incontournable.

Que dire de plus, si ce n'est que ce pari risqué est merveilleusement réussi ? Arnaud Cathrine fait ici revivre avec beaucoup de talent et surtout d'émotion un sujet douloureux de notre mémoire, mais sans jamais sombrer dans l'apitoiement, le mélodrame, ou le voyeurisme. Les attentats sont présents, évidemment, capitaux même, mais toujours de façon sensible et juste. On ressort de cette lecture indéniablement ébranlé, avec le sentiment d'avoir pris conscience de quelque chose d'indéfinissable mais d'essentiel. D'avoir touché du doigt une parcelle de vérité.

C'est brut, c'est violent, mais lourd de sens et tout simplement beau. L'histoire de Caumes, c'est la nôtre, c'est celle de chaque adolescent qui peine à se construire, à vivre ses premières années d'aspirant à l'âge adulte dans un monde qui semble constamment le brimer, le décevoir, l'inquiéter. C'est une leçon éblouissante de vie, d'espoir. C'est une claque monumentale, un roman qui se lit plus d'une fois.

Note attribuée : 9,5/10 : réservons le 10 pour la saison 2, voulez-vous ?

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