La lecture d'un roman jette sur la vie une lumière.
— Louis Aragon

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lundi 31 juillet 2017

Bilan du mois [Juillet 2017]

Bonjour à tous !

Juillet.
Vous savez ce que cela signifie.

La belle saison.
Le temps libre que cela peut dégager.
Et enfin la possibilité de...
LIRE. BEAUCOUP.
Oui, je sais, vous allez me dire que je ne me gêne jamais pour lire beaucoup quel que soit le moment de l'année. Mais passons.

17 livres, pour ma part, ce mois-ci.
Si si, je vous assure, j'ai une vie. Parfois.


Les deux coups de cœur du mois...
The Hate U Give d'Angie Thomas : un roman bouleversant, important, drôle, juste, poignant, un peu tout ça à la fois, et qui ne devient jamais fouillis écœurant, bien au contraire. C'est un récit vivant, qui évolue avec sa narratrice et laisse son lecteur presque orphelin mais déterminé et révolté une fois sa dernière page tournée.
Illuminae tome 2 - Gemina d'Amie Kaufman et Jay Kristoff : le deuxième tome d'une saga telle que vous n'en avez jamais lue, au format aussi captivant qu'inédit ! Le meilleur de la science-fiction mêlé à un roman qui n'en finit pas d'innover ou de prendre des risques, comment dire non ?

Un presque coup de cœur - je sais, j'ai lu tellement de bons romans que c'en est presque de l'abus...
Into the Forest de Jean Hengland - VO : le roman qui m'a ce mois-ci parlé le plus... "viscéralement". Rien d'inédit à première vue avec cette histoire d'anticipation qui voit deux jeunes filles isolées dans une maison perdue dans la forêt survivre envers et contre tout, et pourtant.
ET POURTANT.


J'ai adoré...
Inséparables de Sarah Crossan : un roman en vers aussi juste qu'envoûtant, qui nous emporte le temps de quelques centaines de pages au cœur de l'existence de deux sœurs siamoises, sans pathos ni stéréotypes, mais avec émotion et authenticité.
Fondation tomes 1, 2 et 3 d'Isaac Asimov : des titres assez incontournables de science-fiction que j'avais réussi à complètement ignorer jusqu'à ce mois-ci.
Je me méprenais.
Lisez ces livres.

J'ai beaucoup aimé...
Wells et Wong tome 2 - De l'Arsenic pour le Goûter de Robin Stevens : un second opus tout aussi réussi que le précédent, en réinvestissant les ingrédients qui font de ces enquêtes des aventures si attachantes.
Cortex d'Ann Scott : un roman captivant dont le résumé a suffi à me convaincre de tenter l'expérience : et si une bombe explosait sur la scène des Oscars et emportait avec elle la quasi-totalité de la crème des acteurs hollywoodiens ?

J'ai bien aimé...
E.V.E. de Carina Rozenfeld : un roman qui séduit par son souci de cohérence et de crédibilité, et qui parvient ainsi à devenir tout à fait appréciable malgré une intrigue très prévisible.
Les Vigilantes de Fabien Clavel : un roman efficace qui déroule son intrigue à un rythme implacable, quitte à être un peu caricatural par certains aspects.


De très très belles relectures - sans blague.

Les quatre premiers tomes de la saga Harry Potter de J. K. Rowling que je me fais un plaisir de redéguster chaque été.
Oui, je sais, j'ai mis les sept, mais j'avais la flemme de rogner l'image. 
Et non, je ne me lasse pas. C'est même un sacrilège que de seulement me demander si je m'en lasse.
On ne se lasse jamais d'Harry Potter. C'est un principe de vie chez moi. Chez toute personne digne de vivre, en fait. 
Bref. 
C'était bien.
Et je les ai lus en anglais pour la première fois, enfin.
C'était encore plus bien, même si je reste impressionnée par le travail de traduction de Jean-François Ménard. Je vous en reparlerai, à l'occasion. 

J'ai été déçue...
The Outliers de Kimberly McCreight : Littéralement ma troisième tentative de venir à bout de ce roman. J'y suis enfin arrivée, non sans peine : intrigue abracadabrante, personnages qui perdent leurs quelques traits particuliers en l'espace de quelques chapitres, rythme déséquilibré... Malheureusement pas grand-chose de convaincant dans ce récit pourtant rédigé par la talentueuse auteure d'Amelia...
Comment je suis devenu célèbre en restant chez moi de Caitlin Moran : incompréhension, sans doute est-ce le mot le plus approprié pour décrire ma position par rapport à ce livre, premier roman que l'on espère déjanté et hilarant mais qui s'avère plutôt déstabilisant qu'autre chose malgré une introduction prometteuse...

Sur ce, excellent mois d'août à vous tous !


jeudi 27 juillet 2017

Into the Forest de Jean Hegland - Chronique n°341

Titre : Into the Forest
Auteure : Jean Hegland
Genre : Anticipation
Editions : Dial Press Trade
Lu en : anglais
Nombre de pages : 256
Résumé : 
In many ways, Nell and Eva have experienced a near-idyllic childhood, growing up miles from the nearest neighbor in the forests of northern California. Their father, an iconoclastic grade school principal, has decided to keep them out of school, and their mother has encouraged each of them to follow her own passions. As a result, Eva is determined to become a ballet dancer, while her younger sister, Nell, hopes to matriculate at Harvard.


Despite the fact that their happy world is rocked when their mother dies of cancer, they and their father are determined to carry on. Even as terrorism, a distant war, increasingly unpredictable weather, and an unstable economy, challenge the reliability of social order and infrastructure, their little family continues to hoard its resources and attempts to keep up its spirits as they wait for the lights to come back on, the phone to ring, and the lives they have been anticipating to return to them. But when their father is killed in an accident, and a dangerous stranger arrives at their door, the girls confront the fact that they must find some new way to grow into adulthood.


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Existe également en français !

Titre : Dans la Forêt
Editions : Gallmeister
Résumé (traduction de moi-même) : A tous points de vue, Nell et Eva ont eu droit à une enfance quasi-idyllique, ayant grandi dans une forêt de Californie du Nord à des kilomètres de leur voisin le plus proche. Leur père, directeur d'école iconoclaste, a décidé de les tenir à l'écart d'un établissement scolaire classique, et leur mère les a encouragées à suivre chacune de leur côté leurs propres passions. Résultat, Eva est déterminée à devenir une danseuse classique professionnelle, et sa petite sœur Nell, à intégrer Harvard. 

Même si leur petite bulle paisible se fissure lorsque leur mère est emportée par un cancer, les filles et leur père sont prêts à tout pour que la vie continue. Peu importe que le terrorisme, une guerre lointaine, un climat de plus en plus imprévisible ou une économie instable rendent l'ordre social et ses infrastructures de moins en moins fiables, la petite famille continue de faire des provisions et essaie de faire contre mauvaise fortune bon cœur en attendant que les lumières se rallument, que le téléphone sonne, et que les vies dont ils rêvaient leur soient enfin rendues. Mais à la mort de leur père dans un accident, et alors qu'un étranger menaçant frappe à leur porte, les jeunes filles sont confrontées de plein fouet à la nécessité pour elles de se propulser dans l'âge adulte... à leur façon.

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Sometimes, I just find myself appealed by a book. No matter I don't know anything about its plot, no matter I've never had a glimpse at any review of it, I feel like reading that book.
That is what happened with Into the Forest. And I am happy it did.

I will say it in a few words : this book is gorgeous
I loved every bit of it. 

The main plot-line might seem dull, but don't get mistaken. 
This is the story of two sisters. 
They lost their mother. Then their father. And the rest of their landmarks. 
They world literally fell apart, and their are left with nothing but a house full of supplies their father has been hoarding throughout time, and the vivid dream of a better future. a fantasized version of tomorrow in which Eva, the older sister, would be able to become a ballet dancer, and Nell, the narrator, to matriculate to Harvard. 
So they keep on surviving. But for how long will they be able to play pretend? What kind of life do they want to build? What kind of identities can they attribute themselves in a world they could be the only ones living in?

From the very first page of this book written as Nell's diary, the reader is completely hooked to the poetic and evocative words of Jean Hengland. You simply believe it. You are seized by the constant emergency of survival which has become the sisters' daily preoccupation, by the love that keeps them alive, by their fierce determination to carry on with dreams that belong to the past.
Although each and every part of the story might not seem deeply realistic, especially the very end, the story remains incredibly convincing, and awakes our greatest fears and human instinct. What would be left of us in Nell's and Eva's situation? What could we accomplish? Who are we without a social order to structure our lives? And of course, what is the point?

Nell's thoughts are haunting, beautiful and terrifying at the same time because of their evocative strength. Not only is the survival tale really entertaining, but the second layer of the story, a sort of parable about our human condition, is just as thought-provoking.
This book is not what you think it is. It involves many difficult and important topics in a post-apocalyptic setting, and does not fit in any particular genre. I guess you should just call it an ULO (Unidentified Literary Object!), and of course, dive into it as soon as possible !

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Il est de ces romans dont l'on ne s'explique pas l'effet qu'ils ont sur soi.
Into the Forest en fait partie.

En quelques mots : ce livre est splendide.

A première vue, des histoires de survie, on en a déjà beaucoup lu ou vu. Qu'est-ce qu'un roman supplémentaire pourrait y apporter ? 
Si l'on se concentre sur l'intrigue pure, pas d'innovation renversante, certes.
Mais c'est tout le reste qui fait de ce roman une expérience marquante et inoubliable.

Deux soeurs.
Une forêt.
Plus personne à des kilomètres à la ronde.
Une soif furieuse de survie envers et contre tout, et plus que ça, une indestructible ambition.
Pour Eva, celle de voir son talent de danseuse classique reconnu.
Pour Nell, d'engranger le plus de connaissances possibles pour intégrer l'université d'Harvard, qu'elle a érigée sur un piédestal sans même s'être décidée sur ce qu'elle pourrait y étudier. 

Plus d'électricité, d'Internet, de parents, de voisins, d'activité humaine.
Des dizaines et des dizaines de boîtes de conserve et quelques sachets de thé à économiser précieusement.
Leur horizon pourrait se réduire à cela, mais c'est sans compter sur la plume de Nell, qui court dans le cahier que sa soeur a retrouvé dans un recoin de leur maison.

Elle raconte sa détresse, un peu, mais surtout sa détermination qu'on aurait envie de qualifier d'aveugle, beaucoup. 
Elle laisse libre court aux craintes qui l'agitent, sans non plus se complaire dans son malheur. Son écriture sensible, son rythme si particulier, allant et venant dans le temps au rythme de sa nostalgie, se concentre petit à petit sur l'instant présent et enfin sur l'avenir, s'arrachant aux habits pesants d'un passé révolu. Ses rêves encore empreints d'enfance laissent petit à petit place à une certaine désillusion, mais surtout à l'espoir d'un futur à construire, enfin. Au fil des pages se déploie la force évocatrice d'un récit fourmillant de détails, autant d'instants de vie qui donnent à voir ce qui fait l'humanité telle que l'on peut se l'imaginer.

Quelle part d'humain nous resterait-il en effet si toutes nos structures sociales venaient à s'effondrer ? 
Quels rêves poursuivrions-nous dans le monde terrifiant mais curieusement si crédible de Nell et d'Eva ? 
Que pouvons-nous construire aujourd'hui qui résisterait à la fin du monde telle qu'elles l'ont vécue ? 
Qu'est-ce qui vaut véritablement la peine que nous y consacrions de l'énergie ? 

Autant de questions évoquées dans un ouvrage intense et subtil, qui se savoure aussi bien sur le plan d'un récit classique mais prenant que d'un second plan plus métaphorique, presque une parabole en réalité, qui réfléchit à notre condition humaine.

C'est aussi poétique que dur, aussi fictif que profondément crédible, aussi cru que sensible. Into the forest n'est pas ce qu'il a l'air d'être : il ne pourra que vous surprendre. Il parvient en peu de pages à instaurer une atmosphère intimiste bouleversante, une oppression à laquelle on ne peut se soustraire, et qui est de toute façon trop captivante pour que l'on veuille la quitter. Le sujet post-apocalyptique est finalement un prétexte plus qu'autre chose pour s'attaquer à des problématiques essentielles, et cela ne rend le livre que plus passionnant et digne de votre attention :

Note attribuée : 9,5/10

Au fait, au fait. Une adaptation cinématographique a été réalisée - avec Ellen Page, s'il vous plaît -, disponible sur Netflix, et qui devrait sortir prochainement en France. Je vais me dépêcher de la regarder, et si vous êtes intéressés, je vous donnerai mon avis ! 


lundi 24 juillet 2017

Les Vigilantes tome 1 - Le Foyer de Fabien Clavel - Chronique n°340

Titre : Les Vigilantes
Auteur : Fabien Clavel
Editions : Rageot
Genre : Dystopie
Lu en : français
Nombre de pages : 366
Résumé : À la sortie du Foyer, l’institution paramilitaire où elle a grandi, Anna devient une Vigilante. Elle découvre à la fois le monde extérieur, un pays étouffé par la dictature du Parti, et sa mission : espionner une famille d’opposants supposés. Au fil des jours, elle s’attache à cette famille aimante dans laquelle elle n’a pas eu la chance de grandir. Quand elle comprend qu’ils fomentent un complot, elle doit choisir son camp…

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Un grand merci aux éditions Rageot et en particulier à Benoit pour cet envoi ! 

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Les dystopies, on connaît, certes.
Mais on en lit encore et toujours.
Parce qu'on a l'espoir d'en trouver qui innovent, qui portent un nouveau regard sur le genre, ou tout simplement qui parviennent à trouver cette vibration, ce ton, qui font des romans d'anticipations des récits si parlants. 

Les Vigilantes, soyons clairs, n'est pas le roman qui signe une révolution du genre. Mais il tient ses promesses, crée un univers convaincant et un rythme efficace, avec un univers pas si éloigné du nôtre, aux problématiques brûlantes d'actualité. Un régime fort qui s'est précipité dans l'autoritarisme, un leader charismatique devenu dictateur, des pays voisins complaisants qui ferment les yeux sur de telles dérives... Rien que de très réaliste, n'est-ce pas ?

La capitale de ce pays crispé, qui évoque férocement Prague, héberge ainsi un orphelinat très particulier, dont les pensionnaires passent un examen capital qui permet aux plus doués d'accéder à des postes-clés du Parti - unique, hein, le Parti - : les Stratèges, les cadres, les dirigeants, les Vigilants, les espions, les traqueurs des dissidents, et les Corvini, sorte de police politique. Anna, notre héroïne, s'attend à intégrer les Stratèges en tant que meilleure élève de sa promotion, si possible en compagnie de sa petite sœur de cœur, Irisz, mais par un processus qu'elle ne s'explique pas, est nommée Vigilante, tandis qu'Irisz accède au rang de Stratège, elle. Dans l'espoir de la rejoindre, Anna s'applique à la tâche qui lui a été confiée : surveiller une famille d'opposants politiques... Dont elle ne soupçonne pas la place majeure que ces ennemis vont finir par prendre dans son existence.

Le principal élément qui fait plaisir dans ce roman jeunesse est la force du personnage principal, Anna, une héroïne forte au sang-froid irréprochable et à la tête solide qui ne se laisse pas mettre à terre par la première difficulté et se souvient toujours de ses priorités. Elle voit Irisz en difficulté ? Cela va de soi, elle fait de son mieux pour l'aider. Elle est rétrogradée ? Qu'à cela ne tienne, elle travaillera pour obtenir une promotion. 
Pas de romance dans laquelle s'embourber dans ce roman, contrairement à de nombreux titres du même genre : Anna se suffit à elle-même et a bien assez à faire pour s'encombrer de triangles amoureux ou autres clichés. Dynamisme et efficacité sont au rendez-vous, au détriment peut-être de quelques scènes plus posées qui auraient permis un approfondissement de la structure du Foyer ou de la personnalité de l'héroïne. Les scènes d'action s'enchaînent à toute allure, garantissant l'intérêt du lecteur mais menaçant peut-être l'équilibre d'un récit qui ne dévoile que le sensationnel. 

Mais cela ne remet pas en cause l'indéniable : Les Vigilantes est un roman efficace et intelligent, qui ne parvient certes pas à éviter quelques petits écueils du genre de l'anticipation, comme la révélation sur les origines, le héros qui prend conscience des failles de son monde ou le retournement de situation final, mais qui laisse tout de même une impression finale de fraîcheur. Quelques petits défauts émaillent cette histoire que l'on souhaiterait un rien plus surprenante, mais rien d'handicapant pour un roman qui plaira certainement à des lecteurs en quête de récits empreints de dynamisme, de méfiance, d'oppression et de réflexion...

Note attribuée : 7/10

samedi 22 juillet 2017

The Hate U Give d'Angie Thomas - Chronique n°339

Titre : The Hate U Give
Auteure : Angie Thomas
Genre : Contemporain
Editions : Walker Books
Lu en : anglais
Nombre de pages : 438
Résumé : Sixteen-year-old Starr Carter moves between two worlds: the poor neighborhood where she lives and the fancy suburban prep school she attends. The uneasy balance between these worlds is shattered when Starr witnesses the fatal shooting of her childhood best friend Khalil at the hands of a police officer. Khalil was unarmed.


Soon afterward, his death is a national headline. Some are calling him a thug, maybe even a drug dealer and a gangbanger. Protesters are taking to the streets in Khalil's name. Some cops and the local drug lord try to intimidate Starr and her family. What everyone wants to know is: what really went down that night? And the only person alive who can answer that is Starr.

But what Starr does or does not say could upend her community. It could also endanger her life. 


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This is an important novel.
One of these books that, while being read, appears more and more worthy of discovering. 
One of these stories that you know, even before you have finished it, you will recommend to each and everyone.
One of these few works that succeeds offering both an highly entertaining and realistic plot and an essential and timely message.

This is Starr speaking.
Sometimes with a shaking and insecure voice, but still, she is speaking.
She has to tell the world about what she saw.
About this cop who murdered her friend for no other reason than the color of his skin. 
About this racism that everyone claims to be dead and buried but that is still devastating, as vicious and violent as it has always been. 
About her life as an African-American teenager, studying at a all-white-and-privileged high school, where she has to avoid using slang, control her behavior, because what would be seen as cool or rebellious for white teens would seem offensive and scaring with her. 

People have to read The Hate U Give. First, because it is an amazing book you won't be able to put down. You will rarely have the opportunity to be confronted to such a believable narration. This is a teenager speaking, describing a highly realistic family whose feelings and bonds are deepened in a unique way in YA. Starr explains what might happen in a teenager's head, what are her expectations for her future, and her fears as well. The story is told in an amazingly powerful and moving way, led by a highly-reliable voice and a beautiful writing.

On the other hand, at an equally important level, this is also a book inspired by the Black Lives Matter movement, a call out for tolerance and awareness. This story might not be authentic, as Starr remains a fictional character, but the events depicted are real. This is happening. Unarmed African-American people are being shot by policemen. It has been happening for decades, with an alarming list of victims growing every year. And it is going on ever since.
In a very personal way, this book opened my eyes on privileges I have as a white person, because I will never have to worry about the way I behave around policemen. As I never think about the way my gestures, voice, words might be analyzed in function of the color of my skin. 
Khalil, Starr's friend, never had this kind of privilege. 
His fate was not imagined out of the blue because the author was seized by some kind of fancy. 
It is horrifying. It is unfair. And more importantly, it is real.

The main strength of The Hate U Give is this subtle balance between the strength of its message and its capacity to break your heart and convince your with only a few paragraphs. It manages capturing relationships with a accuracy : nothing escapes the scope of the author's eye, whether is it friendship, love, family, identity, adulthood, or loyalty. 

We must open our eyes.
And this book will help us doing it.

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Il faut lire ce livre.

Il s'agit de l'un de ces romans dont l'on sait avant même de le refermer que l'on va parler de lui un certain temps. 
Une de ces histoires qui marquent aussi bien par la force de leur message que par la maîtrise de leur dimension romanesque.
Un récit qui fait l'unanimité chez les lecteurs anglophones. 
Un livre qui happe, émeut, horrifie, ouvre les yeux. 

Ceci est l'histoire de Starr.
Elle a dix-sept ans. La peau noire.
Elle a un meilleur ami. Elle l'avait.
Jusqu'à ce qu'il se fasse tirer dessus par un policier.
Il n'était pas armé.
Il n'avait rien volé, rien transgressé, rien fait de mal.
Si ce n'est être né Afro-Américain dans un pays qui ne s'est pas encore débarrassé des traumatismes de la ségrégation, quoi qu'on en dise. 

Starr a peur.
Peur que ce drame ne se reproduise.
Peur de ne pas savoir quel rôle elle a à jouer.
Peur de voir l'identité de son ami Khalil trahie, alors que les médias ne se concentrent que sur son activité supposée de dealer, négligeant l'injustice commise, et que la machine juridique s'emballe dans une direction qu'elle redoute. 

Elle doit agir. Mais comment ? Avec quelle prise de risque ? 

Il y a une chose majeure à dire à propos de ce livre : ce n'est pas qu'un roman à message. Certes, il a été inspiré par le mouvement Black Lives Matter et a indéniablement pour but de sensibiliser à cette cause.
Mais ce n'est pas tout.
Ce n'est pas une coquille vide, sèche, sans âme. 
C'est un roman juste, puissant, touchant, qui saisit le lecteur dès la toute première page et ne le lâche jamais. Porté par la voix de sa narratrice, le livre déroule tout un spectre de thématiques et de situations aussi émouvantes qu'authentiques.

On a rarement vu une famille décrite avec autant de justesse dans un roman YA, où les liens familiaux sont souvent réduits à quelques dialogues du style "mes parents me saoulent" et "vous ne me comprenez pas". Ici, c'est bien des éclats de vie que l'on capture, au coeur de la tourmente aussi bien que dans les instants les plus authentiques du quotidien. Rien n'échappe au regard perçant et sagace de l'auteure : ni l'amitié, ni l'amour, ni l'identité, ni la loyauté. The Hate U Give pose un dilemme perçant : Starr doit-elle se taire pour se protéger, mais trahir à ses yeux et à ceux de sa communauté la mémoire de Khalil, ou élever la voix, dire la vérité, au risque de se mettre elle-même en danger, sans avoir la garantie d'être entendue ? Doit-elle renverser l'image d'elle qu'elle a mis des années à construire dans un lycée blanc et privilégié où elle se censure en permanence, veillant à ne rien dire ou faire qui puisse la désigner comme "racaille" ? Comment parvenir à regarder ses amis blancs dans les yeux, eux qui ne manifestent en mémoire de Khalil que pour sécher les cours et qui estiment qu'après tout... il dealait de la drogue, quoi...

The Hate U Give, non content de disposer de cette maîtrise romanesque si convaincante, se double d'une dimension essentielle : la dénonciation d'événements aussi effarants qu'authentiques. Des Afro-Américains non-armés se font assassiner par des policiers dans des circonstances qui ne le justifient pas. Ce n'est ni anecdotique, ni exceptionnel, ni pardonnable. La liste s'allonge d'année en année, il suffit de lancer une recherche pour le réaliser. Et on n'en parle pas. On considère que le racisme appartient au passé, que les tragédies comme celles de Rodney King, un de ces hommes dont le meurtre dans les années 80 à Los Angeles avait fait scandale, sont révolues. Mais ce n'est pas le cas.
Et ce livre, avec sa force, sa justesse et sa sensibilité, ouvre les yeux. Il fait prendre conscience à certains lecteurs de leur chance de ne pas avoir à s'inquiéter outre-mesure de leur attitude en face de policiers. De ne pas être considéré comme suspect par défaut. 
Ce n'est pas le cas pour tout le monde.
Ca n'a pas été le cas pour Khalil, dans le roman. Ni pour tant d'autres, dans la réalité.

Voilà pourquoi The Hate U Give doit être placé entre toutes les mains qui s'y sentent prêtes. Il est excellent dans tous les sens du terme, grave, beau, marquant, il fait l'unanimité outre-Atlantique, et ce n'est pas sans raison. Il s'agit sans le moindre doute d'une de mes plus belles lectures de l'année, et peut-être même d'une de mes plus belles lectures tout court. 

Note attribuée : 10/10



jeudi 20 juillet 2017

Inséparables de Sarah Crossan - Chronique n°338

"Elle n'est pas un morceau de moi.

Elle est moi totalement, 
et sans elle
il s'ouvrirait 
un dévorant espace
dans ma poitrine, 
un trou noir en expansion
que rien d'autre
ne pourrait
combler."

Titre : Inséparables
Auteure : Sarah Crossan

Genre : Contemporain | Novel in verse
Editions : Rageot
Lu en : français
Nombre de pages : 406
Résumé : Grace et Tippi. Tippi et Grace. Deux sœurs siamoises, deux ados inséparables, rentrent au lycée pour la première fois. Comme toujours, elles se soutiennent face à l'intolérance, à la peur, à la pitié, et envers et contre tout, elles vivent. Mais Grace tombe amoureuse, et son monde vacille. Aura-t-elle jamais une vie qui lui appartienne ? 

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Inséparables, One dans sa version originale, est un roman qui fait beaucoup parler de lui. Et c'est tant mieux. Pour trois raisons.

1 - Parce que c'est un roman en vers libre et que le vers libre est un format d'écriture merveilleux, injustement méconnu dans nos contrées, qui peut donner lieu à de grands moments d'émotion.
2 - Parce qu'il délivre une plongée juste, sensible et bien loin du sensationnel dans la vie de deux sœurs siamoises. 
3 - Parce qu'il est bon. Tout simplement.

Ce qui marque en premier lieu, c'est la recherche attentive menée par l'auteure sur ce que peut être la vie de jumeaux siamois.
Eh oui, ils mettent des vêtements spéciaux. Eh oui, ils ne peuvent pas avoir de moments en tête-à-tête avec un amoureux ou un conjoint. Eh oui, on les pousse parfois à faire des émissions de téléréalité, ils consultent des thérapeutes et se bouchent les oreilles lorsque c'est l'autre qui parlent, ils sont contraints à suivre des traitements à vie, et surtout, surtout, ils doivent affronter la plaie qu'est le regard des autres.

Ce même regard auquel se confrontent pour la première fois Grace et Tippi, qui suivaient jusqu'à leur rentrée en première une scolarité à domicile, et se retrouvent catapultées dans un lycée. Au milieu d'une foule de regards curieux. De filles, de garçons, attentionnés, hostiles, dérangeants. De deux amis, dont l'un que Grace voudrait pouvoir considérer comme un peu plus que cela.

Ensuite, c'est la justesse de la voix de la narratrice, Grace, qui stupéfait. Non, elle n'est pas une héroïne parfaite, brave, digne et supérieure même dans les pires instants. Elle doute. Elle est blessée. Elle est en colère, contre sa soeur, sa famille, son monde. Et même Josh, dont elle voudrait qu'il soit parfait, mais qui commet des erreurs comme tout le monde.
Les mois se succèdent, les espoirs, les déceptions, les anecdotes, les fous rires, mais aussi les épreuves. Et ce que l'on retient vraiment - au risque de tomber dans le gros cliché bien niais -, c'est l'amour qui unit ces deux soeurs, cette famille, ces individus unis dans l'épreuve.

La traduction d'un roman en vers libre est un exercice tout particulier auquel s'est livré la talentueuse Clémentine Beauvais, dont le travail est d'une qualité remarquable, comme l'ont déjà souligné beaucoup. Elle parvient à jouer avec le rythme des mots, des sonorités, sans trahir et même en respectant le style original de l'auteure d'après les extraits que l'on peut trouver en ligne. Il s'agit de l'une de ces traductions que l'on lit avec un véritable plaisir, qui révèle un travail approfondi à découvrir pour lui-même. La voix de l'adolescente résonne avec justesse, et un mélange fragilité et de force à la fois. Chaque phrase tranche, chaque saut de ligne ponctue le récit comme un battement de coeur.  
Défi relevé !

Difficile de reposer ce roman, chronique d'une année mouvementée. Vous vous en doutez, on peut avancer très vite puisqu'il n'y a finalement que peu de texte, mais on n'a pas intérêt à se précipiter. On savoure chaque page, chaque vers, on en relit même souvent, on apprécie la mélodie et le rythme uniques créés par les choix d'écriture. Une atmosphère douce-amère se crée et invite le lecteur dans une sorte d'odyssée mélancolique, touchante, mais jamais mélodramatique. Tout est naturel et léger dans un tumulte d'extraordinaire. 

Un roman lumineux et puissant, qui ouvre les yeux et parvient à rendre intime, touchante et poétique cette situation extraordinaire, en contournant tous les clichés et les écueils faciles. Les pages se tournent, les émotions déferlent, le temps passe, et le cœur du lecteur chavire. Inséparables est un beau moment de lecture, déchirant et délicat, accessible pour tous, et qui aura un impact fort et singulier sur chacun de ses lecteurs. On ne retiendra pas tous les mêmes passages. Mais on en retiendra tous.

Note attribuée : 9/10

lundi 17 juillet 2017

The Outliers de Kimberly McCreight - Chronique n°337

Titre : The Outliers
Auteure : Kimberly McCreight
Genre : Contemporain | Thriller
Editions : HarperTeen
Lu en : anglais
Nombre de pages : 336

Résumé : It all starts with a text: Please, Wylie, I need your help.


Wylie hasn’t heard from Cassie in over a week, not since their last fight. But that doesn’t matter. Cassie’s in trouble, so Wylie decides to do what she has done so many times before: save her best friend from herself.

This time it’s different, though. Instead of telling Wylie where she is, Cassie sends cryptic clues. And instead of having Wylie come by herself, Jasper shows up saying Cassie sent him to help. Trusting the guy who sent Cassie off the rails doesn’t feel right, but Wylie has no choice: she has to ignore her gut instinct and go with him.

But figuring out where Cassie is goes from difficult to dangerous, fast. As Wylie and Jasper head farther and farther north into the dense woods of Maine, Wylie struggles to control her growing sense that something is really wrong. What isn’t Cassie telling them? And could finding her be only the beginning? 


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Existe également en français


Titre : Outliers
Editions : Robert Laffont (collection R)
Résumé : Tout commence par un texto : Wylie, stp, j'ai besoin de ton aide.

Cassie a disparu et ses SMS laissent craindre le pire : qu'est-elle partie faire dans les forêts denses du Maine ? A-t-elle été kidnappée ? Est-elle en danger de mort ?
Aidée de Jasper, petit ami de Cassie, Wylie surmonte son agoraphobie pour aller à sa recherche. Mais son mauvais pressentiment se fait de plus en plus insistant : et si de bien plus noirs secrets se cachaient derrière la disparition de Cassie ? Des secrets à même de bouleverser l'équilibre du monde ?


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Livre lu en LC avec Tess : sa chronique !

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Where They Found Her and especially Finding Amelia were two amazing thrillers that I both enjoyed discovering.
(Translation: I was expecting The Outliers to be truly amazing.)
Unfortunately, the book did not really live up to my expectations. 

Which is an euphemism meaning I was stunned by how much I disliked this book.

The main problem of this novel is its lack of credibility. From the agoraphobic character who has locked herself in her house for three weeks and suddenly becomes able to go out to the absurd plot twists that convey more irritation than enthusiasm, the whole book seems utterly unbelievable. The author went too far into her research of originality: her characters react in contradictory ways, the story brutally shifts into a completely different genre in an unnatural way, the rhythm lacks balancement. If only The Outliers were an easy and nice reading, maybe its flaws would be less disturbing, but even finishing this book was a struggle. 

The tension that the author tried to create during the major part of the books was not enough for me to become hooked by the story, and the characters' fate remained something that let me cold and uninterested. Maybe The Outliers will succeed convincing other readers who will appreciate the surprising tonality of the plot twist, but for my part, my experience with this series will stop here. 

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The Outliers est mon troisième roman de l'auteure, après l'excellent Amelia et le très bon Là où elle repose, deux thrillers psychologiques étiquetés " littérature générale" mais tout aussi parlants pour un public "jeunes adultes". Pour la première fois, elle tente une incursion dans ce genre particulier, avec des personnages principaux adolescents et une nouvelle histoire de disparition mystérieuse.

Malheureusement, vous le comprendrez très vite, le résultat n'est pas convaincant.

A trop chercher l'originalité et la tension, l'auteure se perd entre stéréotypes, raccourcis stupéfiants de facilité, incohérences et surtout révélations aussi improbables que déstabilisantes, plus à même de sortir le lecteur du roman que de le convaincre. On a le sentiment qu'elle ne parvient pas à poser des bases solides à développer tout au long du roman : l'héroïne est introduite comme souffrant d'anxiété généralisée, de stress post-traumatique et d'agoraphobie au point de vivre cloîtrée chez elle, mais il suffit de la visite d'un quasi-étranger pour la faire sortir de chez elle.
NON.
La meilleure amie de cette héroïne disparaît et envoie des SMS dans lesquels elle se dit en danger et menacée, et notre héroïne en conclut qu'il faut fuguer et ne surtout pas prévenir la police. 
Non. 

Le roman, au-delà de ses incohérences scénaristiques, ne parvient même pas à trouver un équilibre. Le rythme demeure mal équilibré, la progression de l'histoire poussive, entre longues plages d'inaction et scènes assez rocambolesques de péripéties difficile à suivre aussi bien qu'à croire. Les personnages principaux enfin sont également tout sauf un moyen de s'accrocher au récit : présentés d'emblée comme très antipathiques et demeurant dans un comportement aussi imprévisible que déconcertant, leur sort n'importe finalement guère au lecteur qui a surtout envie de voir où ce road-trip assez chaotique va mener. 

On peut comprendre la volonté de l'auteure de livrer un récit original en partant d'un postulat aussi fréquemment traité que le motif de "la meilleure amie qui disparaît et des proches qui enquêtent pour dévoiler la vérité", mais l'excès n'est pas la solution. L'auteure opère un véritable basculement de genre, quittant le thriller pour sauter à pieds joints dans une atmosphère à laquelle on n'est pas préparé, et qui n'est hélas pas suffisamment construite et approfondie pour convaincre malgré tout. L'effet de surprise aurait pu être accrocheur, mais ici, on ne fait que lever les sourcils.

En bref, un roman qui souffre d'incohérences de bout en bout et d'un sérieux problème de ton : est-on dans un drame psychologique, un thriller, voire du fantastique ? Jouer avec les genres peut être passionnant, mais ici, le récit n'est pas assez équilibré ou séduisant pour se le permettre. Les sentiments des personnages sont décrits avec une maladresse assez surprenante pour une auteure qui les maîtrisait si bien dans ses précédents romans, avec surtout une description irréaliste de ce que peut être un trouble d'anxiété généralisée ou un syndrome de stress post-traumatique. 
Le charme a cependant opéré pour certains lecteurs, alors si vous êtes vraiment séduit par le résumé, pourquoi pas tenter l'expérience malgré tout ? 

Note attribuée : 3/10 

dimanche 16 juillet 2017

La Passe-Miroir tome 3 - La Mémoire de Babel de Christelle Dabos - Chronique n°336

Titre : La Passe-Miroir tome 3 - La Mémoire de Babel 
Auteure : Christelle Dabos
Genre : Fantasy
Editions : Gallimard
Lu en : français
Nombre de pages : 497
Résumé : Deux ans et sept mois qu'Ophélie se morfond sur son arche d'Anima. Aujourd'hui il lui faut agir, exploiter ce qu'elle a appris à la lecture du Livre de Farouk et les bribes d'informations divulgées par Dieu. Sous une fausse identité, Ophélie rejoint Babel, arche cosmopolite et joyau de modernité. Ses talents de liseuse suffiront-ils à déjouer les pièges d'adversaires toujours plus redoutables ? A-t-elle la moindre chance de retrouver la trace de Thorn ?

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Chronique dénuée de toute sorte de spoiler. Parce que vous le valez bien.


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La saga de La Passe-Miroir est une petite révolution à elle seule.
En trois tomes, elle a réussi à fédérer les amateurs de fantasy aussi bien que les néophytes, les jeunes lecteurs aussi bien que les confirmés, les amoureux de lecture aussi bien que ceux qui y sont moins habitués. Elle déploie avec fluidité, féerie et tension un univers colossal dans lequel gronde une menace de plus en plus palpable au fil des tomes. Au coeur de ces arches disséminées dans l'espace se tient une héroïne qui n'en est pas vraiment une, Ophélie, promise contre son gré à un inconnu, jouet politique et diplomatique, petit bout de femme maladroit et mal assuré, qui affronte seule les périls d'un complot dont elle ne soupçonne pas même la portée. 


Par le pouvoir de son imagination, Christelle Dabos a su mettre en place un univers pérenne qui ne cesse de déployer des possibilités passionnantes et jamais envisagées auparavant. Elle contourne les clichés du genre, assumant de mettre en place une longue ellipse de près de trois ans entre les tomes 2 et 3, ou d'affubler Ophélie d'une timidité maladive et Thorn d'une calvitie naissante. 
Quand même. Thorn. Une calvitie. C'est une épreuve. Mais c'est beau, notre amour du personnage surpasse son potentiel de densité capillaire.

Encore une fois, les quelques 500 pages de ce volume défilent à une vitesse rare et avec un plaisir non dissimulé, alors que l'exposition savamment dosée laisse place à des péripéties captivantes au coeur d'un décor qui donne l'occasion à l'auteure de déployer des trésors d'inventivité. On découvre une myriade de nouveaux personnages, pouvoirs, enjeux, décors, tout en approfondissant ceux des tomes précédents, toujours avec cet équilibre qui fait la force de la saga.
On navigue dans le récit avec cet enthousiasme rare que l'on n'éprouve que devant les plus riches des contes et des épopées. Entre merveilles et horreurs, émotion et tension, réconfort et péril, on ne peut qu'une fois de plus se laisser ensorceler par cette aventure tout en subtilité, mais qui ne se départit jamais d'une vraie intensité dramatique. Le récit demeure passionnant à lui seul et c'est sans compter sur son sous-texte passionnant à décrypter. Une réussite en tous points ! Difficile en effet de ne pas être touché par les questions soulevées avec justesse et sensibilité par certains passages de l'histoire : intégration, sentiments, loyauté, intégrité, identité, c'est bien tout un éventail de problématiques universelles qui est donné à voir et à réfléchir au lecteur. 

Ce troisième tome accomplit l'exploit d'égaler et même de surpasser les deux tomes précédents, et confirme la constance d'une Christelle Dabos au sommet de son art. L'histoire est marquée une fois de plus par une créativité rare, avec de subtiles influences qui ne prennent jamais le pas sur l'intrigue, mais dont l'ombre portée demeure des plus agréables, ainsi que par un humour indéfectible et surtout un travail remarquable sur les personnages, principaux bien sûr, mais aussi secondaires, aux nuances toujours appréciables. 

Lisez ce livre. Pitié.
Si j'ai un blog, c'est bien pour vous faire lire des livres comme celui-ci, qui montrent que le genre de la fantasy ou du Jeunes adultes a encore de beaux jours devant lui, que l'on n'est pas condamné à réécrire indéfiniment la même histoire en changeant juste quelques détails. Bien au contraire, une infinité de surprises sont encore possibles. Dans ce roman se ressent la joie de l'écriture, à tous les niveaux. C'est l'une de ces histoires qui donne envie d'en écrire une soi-même, un texte qui, dans sa sincérité, s'affirme comme une petite exception. 

Mais qu'attendez-vous pour aller l'acheter ? Ce que je viens de raconter n'est pas assez dithyrambique à vous yeux ? 

Note attribuée : 10/10