La lecture d'un roman jette sur la vie une lumière.
— Louis Aragon

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mercredi 22 mars 2017

Thirteen Reasons Why de Jay Asher - Chronique n°303

Titre : Thirteen Reasons Why
Auteur : Jay Asher
Genre : Contemporain
Editions : Penguin Books
Lu en : anglais
Nombre de pages : 336
Résumé : Clay Jensen returns home from school to find a strange package with his name on it lying on his porch. Inside he discovers several cassette tapes recorded by Hannah Baker--his classmate and crush--who committed suicide two weeks earlier. Hannah's voice tells him that there are thirteen reasons why she decided to end her life. Clay is one of them. If he listens, he'll find out why. 

Clay spends the night crisscrossing his town with Hannah as his guide. He becomes a firsthand witness to Hannah's pain, and as he follows Hannah's recorded words throughout his town, what he discovers changes his life forever.

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I did not like this book.
But I did not dislike it neither. 


Its topic is of course crucial, both terrifying and fascinating. Suicide.

That's the kind of death Hannah gave herself, after recording thirteen cassettes meant to be listened by the thirteen people who, to Hannah's eyes, caused her distress, and later on, her death. Bullies, lies, manipulations, those are the crimes the young girl prosecutes them with. 
Clay Jensen is one of the receptors of the package of cassettes. But he hasn't done anything, at least in his opinion. So he listens.

This novel is without a doubt one of the hardest books to put down I ever read. The pages flip on their own, smoothly and frenetically, as the reader grasps more and more the full horror of the situation. The writing is authentic and easy to follow, the story has an incredible dramatic tension, and the narration which intertwines Hannah's and Clay's voices is one of the most original and outstanding ones I have ever discovered.

Now.

I cannot say I recommend this book to the entire world, I cannot declare that I approve its message.
Of course I approve the desire to sensitize teenagers and young adults to that kind of topic.

But I cannot approve the fact that this book is about a successful suicide, and that in a way, it presents Hannah's death as a way for her to achieve her revenge. It is almost a glorification of hatred, of resentment, of again that cold and destructive revenge. Bullying this thirteen people, reminding them of their deeds, is definitively not an act of peace.

This book should be about appeasement and hope.
Not about resignation and unforgiving. 

It should not be put in the hands of a person thinking of suicide. It should not be put as an example.
It is incredibly powerful, that is for sure. But I'm not certain that is for the best.

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Je n'ai pas aimé ce livre.
Je ne l'ai pas pas aimé non plus.

Impossible de se prononcer avec une note sur un livre pareil.
Thirteen Reasons Why est le roman d'un suicide. Celui d'Hannah, qui a laissé derrière elle un colis qui voyage entre treize individus, qu'elle désigne comme les responsables de sa mort, et à qui elle adresse un message post-mortem enregistré sur treize cassettes. Chacun des treize doit écouter les treize d'affilée pour, ensuite, envoyer le colis à la personne suivante, sans quoi un individu extérieur diffusera au monde entier un autre jeu de cassettes.
Clay est l'un de ces funestes destinataires. Il est pour quelque chose dans la disparition d'Hannah, mais il ne sait pas pourquoi.
Alors il écoute.

Et les cassettes défilent aussi sûrement que les pages du roman, la voix pleine de rage froide d'Hannah se mêle à celle désespérée et pleine d'incompréhension de Clay. La plume fait couler ses mots avec une fluidité folle, et on dévore aussi vite que Clay écoute le contenu des enregistrements d'Hannah. 

Jay Asher met le doigt sur quelque chose d'essentiel, montrant que l'on ne cherche pas à s'ôter sa vie à cause d'une raison, monumentale, fracassante, une cause qui fait que l'on se réveille un jour avec le projet d'accomplir pareil acte, non, c'est une accumulation de choses indescriptibles qui rendent lentement la vie de plus en plus intenable. Ce ne sont pas simplement treize raisons qui mettent Hannah sur la voie du suicide, non, ce sont treize étapes de prise de conscience, treize marches qui la font dégringoler sur l'escalier du mal-être. Le suicide est la réponse désespérée à une détresse profonde, qui ne se laisse pas décortiquer en quelques petites raisons insignifiantes. 

Deux points cependant, et non des moindres, me gênent, et m'empêchent de recommander ce roman à tour de bras, et même à en dire du bien seulement.

Tout d'abord, cette thématique du "slut-shaming", ces insultes et chuchotements qu'Hannah subit à cause de sa prétendue réputation de fille facile, et que Clay condamne en apprenant qu'ils n'étaient pas avérés.
La vérité, c'est qu'il aurait dû condamner cette forme de harcèlement quand bien même les bruits qui couraient sur Hannah auraient été vrais. Le "slut-shaming" est impardonnable quelle que soit la situation, ce qu'un individu fait de sa vie ne regarde personne tant qu'il ne nuit à personne. 

Enfin, ce roman n'est pas tout simplement pas un roman d'espoir.
C'est un roman sur un suicide réussi.
C'est un roman de colère, de haine, de vengeance froide qui frappe après même la mort de la personne blessée et déroule son serpent jusqu'à des personnes qui vivaient jusque-là plus ou moins paisiblement.
Certaines des personnes auxquelles les cassettes sont destinées méritent la prison. Mais d'autre sont plutôt des victimes qu'autre chose. Et la démarche d'Hannah, de les pointer tous du doigt au même niveau, d'exposer de façon aussi impudique et même inhumaine dans certains cas les déviances de chacun, m'a écœurée.

Soyons bien clairs, Hannah est une victime, et subit elle-même des faits et gestes intolérables.
Mais pitié, ne répondons pas à la haine par de la haine. N'alimentons pas le cercle vicieux du ressentiment. 

Ce roman n'est clairement pas à mettre entre les mains de personnes attirées pour une raison ou pour une autre par le suicide, parce qu'il présente par certains aspects le suicide comme un accomplissement. Hannah trouve sa vengeance par sa mort.
Hannah est une figure de haine. On ne peut pas, on n'a pas à la juger, en aucun cas ! Si l'on éprouve une seule chose pour elle, c'est bien de la compassion. Mais le fait est que ce qu'elle laisse derrière elle laisse un terrible sentiment de violence, de conflit dévastateur et infini, parce qu'elle n'est plus là pour faire justice. 

Il n'y a pas que cela, évidemment, il y a la volonté d'incarner avec le personnage de Clay la relève, l'espoir, mais cela ne suffit pas. Son attitude n'efface pas la violence du reste du roman, parce que subsiste à la fin un terrible sentiment de destruction, que les deux seuls personnages positifs du livre ne parviennent pas à gommer.

Voilà pourquoi ce roman n'obtiendra pas de note de ma part. Il est immensément touchant, violent à tous égards, émotionnellement épuisant et bouleversant. S'il saisit avec une grande justesse certains aspects du suicide, il en omet ou en accentue d'autres, et le message obtenu peut être perçu de la mauvaise façon. On peut malheureusement craindre que ce roman ne soit vu comme un exemple de quelqu'un qui a trouvé sa vengeance, sa réussite, à travers son suicide. Et cela, ce n'est tout simplement pas acceptable.

Parce que le suicide n'est jamais, jamais réussite. Il n'est que la création destructrice d'un grand rien que l'on ne pourra jamais combler. 

lundi 20 mars 2017

Marquise de Joanne Richoux - Chronique n°302

Titre : Marquise
Auteure : Joanne Richoux
Editions : Sarbacane (collection Exprim')
Genre : Contemporain
Lu en : français
Nombre de pages : 232
Résumé : 
Un excentrique milliardaire, qui se fait appeler Le Marquis, a fondé une société secrète : les Voluptueuses. La rumeur prétend qu’il a fait construire une réplique du château de Versailles, quelque part sur une île privée au large de l’Écosse, et qu’une centaine de privilégiés y mènent une vie de rêve.

Charlotte et Billy sont prêts à tout pour quitter leur sordide village natal – même à tenter l’impossible.
Ils ont de la chance, cette année : le Marquis organise un casting sauvage pour intégrer de nouveaux membres aux Voluptueuses. Huit jeunes artistes, dont eux, rejoindront finalement l’île paradisiaque où s’ébat la communauté. Mais la vie de château leur réserve bien des surprises…

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Un grand merci aux éditions Sarbacane et en particulier à Audrey pour cet envoi !

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Un château perdu au fin fond de la campagne écossaise, entretenu par des sommes astronomiques d'argent, dans lequel vit une communauté d'élus, rassemblés autour du Marquis, leur vénéré bienfaiteur. 
Cent candidats pour huit tickets d'entrée dans ce lieu, cent jeunes aspirant à se fondre dans cet univers qui mêle le faste de la cour de Louis XIV à la passion du rock'n roll.
Des espoirs qui prennent bientôt des allures de délire.

Telle est la promesse faite par Marquise de Joanne Richoux, un premier roman ambitieux et explosif, qui ne ressemble probablement à rien de ce que vous pouvez avoir déjà lu. 

Comment dire.
C'EST EXPLOSIF.

Marquise offre un cocktail de situations et de personnages inédits et surprenants, une dynamique des plus séduisantes et une intrigue que l'on suit avec autant d'aisance que d'intérêt. L'aventure de Charlotte et Billy, deux jeunes désoeuvrés dans une petite ville de province qui décident sur un coup de tête de tenter d'intégrer la société du Marquis, démarre avec humour et rapidité, et demeure tout au long du récit aussi attirante que dans les toutes premières pages.

La plume de Joanne Richoux est une nouvelle excellente découverte, vive et enlevée comme le sont celles de tant d'auteurs Exprim'. Elle parvient avec talent à porter un récit riche et empli de retournements de situation, pour la plupart assez surprenants, à l'exception en fait de la révélation finale, dont, il faut l'avouer, on peut se douter assez tôt dans le roman.
Mais peu importe. Parce que Marquise demeure un concentré de rire, d'originalité, de situations déjantées et fascinantes, un mélange des genres dont le charme opère indubitablement !

Un roman aussi détonnant qu'étonnant, qui vient avec fracas chambouler les idées préconçues de son lecteur au fil d'une narration attachante, et avec le support d'un décor réjouissant et fascinant, une histoire parfaitement rythmée qui se laisse lire en un rien de temps...

Note attribuée : 8/10

mercredi 15 mars 2017

Je suis ton soleil de Marie Pavlenko - Chronique n°301

"Je vais finir vieille fille. Sur ma tombe, on lira:
"Ci-gît Déborah, la fille qui aimait les grenouilles. Las, aucune n'eut la décence de se transformer en prince charmant.""

Titre : Je suis ton soleil
Auteure : Marie Pavlenko
Genre : Contemporain
Editions : Flammarion
Lu en : français
Nombre de pages : 462
Résumé : Déborah démarre son année de terminale sans une paire de chaussures, rapport à Isidore le chien-clochard qui s'acharne à les dévorer. Mais ce n'est pas le pire, non.
Le pire est-ce sa mère qui se met à découper frénétiquement des magazines ou son père au bras d'une inconnue aux longs cheveux bouclés?
Le bac est en ligne de mire, et il va falloir de l'aide, des amis, du courage et beaucoup d'humour à Déborah pour percer les nuages, comme un soleil.

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Un grand merci aux éditions Flammarion et en particulier à Brigitte pour cet envoi !

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Il est très difficile de rédiger un roman sur l'adolescence, pour la simple et bonne raison qu'il est incomparablement difficile d'en trouver la voix.
Un jeune parle, pense, interprète, intègre son environnement d'une certaine façon.
Et beaucoup trop d'ouvrages tombent dans l'écueil des stéréotypes, des conventions, et ne livrent qu'un condensé de déjà-vus et de tons monocordes et tout sauf crédibles.

Mais heureusement, il existe de OVNIs, des exceptions, des petites pépites. Et Je suis ton soleil en fait partie.

Je suis ton soleil, c'est tout simplement une année dans la vie de Déborah, son année de Terminale pour être plus précis. Et c'est en même temps beaucoup plus que cela. Ce sont les mois qui passent et qui font grandir, ce sont les rires aussi bien que les drames, ce sont les petits riens aussi bien que les événements après lesquels plus rien ne sera jamais pareil. Déborah, adolescente, il faut l'avouer, un peu perdue dans sa vie, s'avère une narratrice des plus attachantes.

Mais quand je dis attachante, c'est qu'elle est vraiment attachante.
Les plaisanteries et autres boutades hilarantes s'enchaînent, mais sans donner d'impression d'accumulation forcée. Au contraire, tout reste d'un naturel et d'une authenticité remarquables...

Entre humour, émotion et entraide, Déborah et les autres personnages tissent des liens de plus en plus solides, resserrés, en nous entraînant de la même façon de plus en plus loin avec eux. Les pages ne peuvent que se tourner d'une traite, avec un intérêt certain, et une proximité indéniable envers cette histoire, fenêtre sur le quotidien d'une adolescente qui devient aventure humaine. L'humour ne fait que sublimer la portée dramatique du texte, sans jamais créer de dissonance. Des plages d'émotion chevauchent des scènes hilarantes sans impression de déséquilibre ou de gêne, et le tout demeure absolument fluide et naturel. C'est enfin un roman vrai et humain sur l'adolescence, loin de tout stéréotype ou toute volonté de démontrer telle ou telle chose sur cette période de la vie. C'est tout simplement triste et beau, mais surtout, drôle et porteur d'espoir. 

Note attribuée : 8,5/10 : un roman lumineux, rafraîchissant, et surtout, qui sonne juste. Une très belle découverte, aussi bien au niveau des portraits de personnages inoubliables que de la plume juste en tous points de Marie Pavlenko... Et puis, entre nous, un livre avec des coquillettes sur sa couverture mérite d'office que l'on s'attarde dessus...

dimanche 12 mars 2017

Le Dernier Royaume tome 4 - Les Déferlantes de Givre de Morgan Rhodes - Chronique n°300

" - Mais n'oubliez pas que le charme ouvre bien plus de portes que les paroles acerbes.
- Et une hache bien affûtée les ouvre toutes, sans exception."

Titre : Le Dernier Royaume tome 4 - Les Déferlantes de Givre 
Auteure : Morgan Rhodes
Genre : Fantasy
Editions : Michel Lafon
Lu en : français
Nombre de pages : 456
Résumé : Cléo, la princesse d'Auranos, est plus déterminée que jamais à venger son peuple. Pour cela, elle devra s'affranchir de ses doutes et agir en reine.

Magnus, le prince limérien, est de nouveau déchiré entre l'amour et le devoir. Et cette fois-ci, il n'aura pas d'échappatoire. 

Lucia, le cœur brisé et aveuglée par la rage, s'est alliée au dieu du Feu avec un seul objectif : consumer le monde des flammes de leur vengeance.

Jonas, le rebelle déchu, devra reconquérir les siens après l'échec cuisant infligé par les Limériens.

Plus que jamais déterminé à s'approprier les Quatre Sœurs et leur magie, le roi du Sang part à la conquête du continent de Kraeshia. Là-bas, il découvrira un souverain plus terrible encore que lui : l'empereur kraeshien, qui ne recule devant aucun sacrifice pour imposer sa puissance. Une seule femme pourra s'imposer entre ces deux cruels monarques. Une femme qui pourrait bien changer à elle seule le destin du monde.


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Aucun spoiler n'a réussi à se frayer un chemin au sein de cette chronique. Bonne nouvelle du jour.

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Nous voici confrontés à un problème majeur.
Cette saga est excellente.
Et elle ne fait que gagner en excellence au fil des tomes.

Ce qui crée chez ses lecteurs de fortes craintes de ne pas pouvoir supporter le degré de merveillosité qu'elle risque d'atteindre au fil des deux derniers tomes.

Le Dernier Royaume fait partie des rares sagas de fantasy à être à la fois accessibles et estampillées "jeunes adultes", et à faire preuve d'une véritable quête de sophistication, à révéler de multiples petites pépites d'originalité, de noirceur et d'inventivité. Chaque tome est à la fois dans la continuité des précédents, mais plus riche, avec un nombre accru de personnages, une dynamique plus intense, et surtout un ton qui s'aggrave et une tension qui ne fait que peser plus lourdement.

Le rythme mis en place par l'auteure atteint des sommets de maturité : un départ lent qui prend son temps pour faire mûrir les principaux enjeux du tome, puis un déclenchement aussi surprenant que bien trouvé, et une cascade de péripéties éblouissantes mais jamais envahissantes, jusqu'à, comme toujours, un dénouement des plus frustrants qui ne donne envie que de remuer ciel et terre pour lire la suite. Les pages se tournent avec bonheur, entre rire et surprise, avec comme toujours des retournements de situation saisissants.

L'atout majeur de cette hexalogie - alors comme ça, tu n'as pas fait option grec, et tu ignores que le mot "hexa" signifie "six". C'est indigne de ta part. Hors de ma vue. Non, je plaisante, reviens,  je t'aime toujours - demeure ses personnages, que l'on finit tout de même par bien connaître, et qui brillent toujours autant par leur capacité à fuir le manichéisme propre à bien trop, bien trop de romans du même genre. Ici, très clairement, impossible de coller une étiquette "gentil" ou "pas très gentil" aux personnages, le pire des méchants peut révéler une part inattendue d'humanité, le plus adorable des héros se livrer d'une page à l'autre aux pires coups tordus.

Enfin.
Cela dit, j'ai quand même mes deux chouchous.
Maman vous aime. Et elle compte sur votre mariage.

En bref, une saga aussi sombre que réjouissante, qui ne fait que s'étoffer au fil des tomes. La narration gagne encore une fois des degrés de maîtrise, les personnages sont plus marquants que jamais, et les quelques 500 pages filent à une vitesse insoupçonnable pour qui est encore extérieur à la magie du Dernier Royaume... 

Note attribuée : 9/10 - si cela ne tenait qu'à moi, je mettrais un 10. Enfin, cela ne tient qu'à moi de mettre 10, certes, MAIS il faut bien le réserver pour les deux tomes finaux. Ce ne serait pas drôle sinon.

mercredi 8 mars 2017

J'ai avalé un arc-en-ciel d'Erwan Ji - Chronique n°299

Titre : J'ai avalé un arc-en-ciel
Auteur : Erwan Ji
Genre : Contemporain
Editions : Nathan
Lu en : français
Nombre de pages : 384
Résumé : Je m’appelle Capucine, mais on m’appelle Puce. J’ai dix-sept ans, la peau mate et un accent de Montpellier. Enfin, l’accent, c’est quand je parle français. Je vis aux États-Unis depuis que j’ai trois ans. Cette année, il m’est arrivé un truc phénoménal. Retournement de vie, frisson géant, secousse cosmique, vous appelez ça comme vous voulez, mais la vérité... c'est que j'ai avalé un arc-en-ciel.

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Mesdames, mesdemoiselles, messieurs.
C'est un grand moment.

J'ai enfin une comparse littéraire de prénom. C'est un événement.

Lire ce roman n'était absolument pas prévu.
L'adorer encore moins.

J'ai avalé un arc-en-ciel propose de se plonger dans le blog que Capucine tient dès sa rentrée en senior year, l'équivalent américain de la Terminale. Capucine est en effet franco-américaine et vit dans le Delaware depuis ses trois ans - où elle se fait appeler Puce afin d'éviter le massacre quotidien de son patronyme. Je connais. Je compatis. On ignore la souffrance des Capucine qui se font appeler Cappuccino ou Capoutchine, croyez-moi.

La jeune fille entreprend de décrire en français, par souci de confidentialité vis-à-vis de toutes ses connaissances anglophones, de transcrire son quotidien, ses attentes, ses craintes, et même d'exposer la culture américaine en la confrontant à la partie française d'elle-même.

Et.
C'est.
On ne peut plus réussi.

Difficile pourtant de s'imaginer livrer un roman aussi original, vrai et touchant que celui-ci avec une intrigue de base qui sonne aussi usée, aussi battue et rebattue. Et pourtant, qu'il s'agisse de la narration fraîche et juste de Capucine, du choc des cultures original et instructif proposé, des relations émouvantes et véritablement authentiques entre personnages, tout fonctionne, rien n'est caricaturé, tout est naturel. Le ton évolue de façon très travaillée avec le texte, d'une voix évidemment moins mature aux derniers jours d'août à une autre bien plus consciente du monde qui l'entoure en mai. C'est aussi subtil qu'attachant...

Le tout se lit avec un plaisir non dissimulé, au fur et à mesure que l'attachement du lecteur envers Puce grandit. A travers les réflexions de la narratrice sur l'amour, l'amitié, le sens qu'elle veut donner à sa vie, on se sent empli d'un enthousiasme et d'un espoir assez incomparables, pour refermer ce feel-good book complètement réjoui, si l'on met de côté la frustration de devoir quitter cette histoire.

Les mois se succèdent dans un fort dynamisme, absolument pas avec la monotonie du temps qui s'écoule égal à lui-même, mais plutôt au rythme des troubles qui agitent Capucine et son entourage, ou bien de leurs réjouissances. Car oui, s'il y a bien quelque chose à retenir de cet arc-en-ciel, c'est sa lumière, son injonction à s'ouvrir à soi-même et aux autres, à s'accepter tel que l'on est et à profiter de chaque opportunité offerte par l'existence.

Dit comme ça, cela sonne extrêmement rébarbatif. Mais croyez-moi, c'est on ne peut plus addictif.

On pourra bien reprocher à J'ai avalé un arc-en-ciel d'avoir une fin aisée à deviner, mais si vous voulez mon avis - et je ne vois pas pourquoi vous ne le voudriez pas dans la mesure où vous êtes sur mon blog. Enfin, sauf si vous aimez vous torturer. Ce que je ne juge pas -, ce n'est pas le dénouement qui compte, mais bien la manière dont il survient, le message d'espoir qu'il apporte avec lui, le sentiment doux-amer d'accomplissement et dans le même temps d'ouverture qu'il répand autour de lui. 

En bref, un roman lumineux et bouleversant, dont l'on pourrait pourtant penser qu'il ne réserve aucune surprise, mais qui s'avère d'une justesse, d'une humanité, d'un humour, en un mot d'un talent, remarquables. Quelques centaines de pages pour autant de tranches de vies, un blog passionnant et adorable pour un récit quelque peu prévisible certes, mais non moins surprenant dans sa façon d'être déroulé, et regorgeant de petites anecdotes passionnantes sur la culture américaine véritablement inédites pour nous autres Franchouillards. Jetez-vous dessus sans plus attendre. 

Note attribuée : 9,5/10 : le coup de coeur n'est pas vraiment très loin. On y réfléchit.

lundi 6 mars 2017

La Maison des Reflets de Camille Brissot - Chronique n°298

Titre : La Maison des Reflets
Auteure : Camille Brissot
Genre : Science-Fiction
Editions : Syros
Lu en : français
Nombre de pages : 345
Résumé : Depuis 2022, les Maisons de départ ressuscitent les morts grâce à des reflets en quatre dimensions qui reproduisent à la perfection le physique, le caractère, et le petit je-ne-sais-quoi qui appartient à chacun. Les visiteurs affluent dans les salons et le parc du manoir Edelweiss, la plus célèbre des Maisons de départ, pour passer du temps avec ceux qu’ils aimaient. Daniel a grandi entre ces murs, ses meilleurs amis sont des reflets. Jusqu’à ce qu’il rencontre Violette, une fille imprévisible et lumineuse… Bien vivante.

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Un grand merci aux éditions Syros et en particulier à Véronique pour cet envoi !

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Personne ne contestera le fait que notre société est en mutation profonde, et ce de façon de plus en plus certaine. Les communications accélérées, intelligences artificielles et autres réseaux sociaux sont venus bouleverser notre rapport aux autres... Mais jusqu'à quel point cette évolution se poursuivra-t-elle ? Quelle conception de la vie se faire dès lors que nous ne vivons plus de la même façon ? Quelle éthique se forger ? Ce sont les questions épineuses auxquelles Camille Brissot répond dans son histoire de science-fiction, La Maison des Reflets.

Ce récit aussi envoûtant qu'oppressant se déroule majoritairement en huis-clos, dans le Manoir Edelweiss, la meilleure et la plus qualitative des Maisons de départ, l'un de ces établissements qui créent des modèles plus vrais que nature des proches défunts de leurs clients. A mi-chemin entre le fantôme et l'androïde, ces "reflets" reproduisent parfaitement la personnalité de leurs modèles, et ce jusque dans les moindres détails, et permettent à leurs survivants de faire leur deuil, et ce aussi longtemps que tous le souhaitent.

Oui, cela fait penser à la série Black Mirror, c'est vrai. Mon amour.

Ce bouleversement sans pareil dans le vécu que l'on peut faire de la disparition d'un proche est le quotidien et l'avenir de Daniel, petit-fils du fondateur de cette Maison de départ, admirateur de la virtuosité technique de son père et surtout futur directeur de l'établissement. Habitué à cohabiter avec les défunts, il en est coupé du monde extérieur, enfermé dans sa bulle entre la vie... et autre chose. Jusqu'à ce qu'il s'aventure dehors, dans un parc d'attractions... et ne tombe en arrêt devant Violette.


L'histoire est juste et subtile d'un bout à l'autre du récit, s'intéressant à des aspects de l'intrigue trouvés de façon extrêmement perspicaces, de telle sorte que le lecteur en arrive vraiment à de profonds questionnements sur son rapport au deuil et sur ce qu'il pourrait devenir. Au-delà de cela, La Maison des reflets, c'est avant tout notre reflet, largement romancé et complètement fictif certes, mais qui repose sur un socle flagrant de vérité, notre situation actuelle. On commence déjà à vouloir ressusciter virtuellement certains défunts, à travers des logiciels, et le côté malsain de ces démarches devient frappant. 

Le roman en lui-même est tout à fait passionnant, ne peut se lire que d'une traite, et offre un retournement final majeur impossible à voir venir.
A moins que ce ne soit le fait que je possède les capacités cognitives d'un batracien, et que je sois du coup la seule à ne pas me douter du final. C'est possible aussi.
L'écriture est très entraînante, l'enchaînement des chapitres fluide, chronologique certes mais équilibré. 

Globalement, il s'agit bien plus que d'un pari tenu, mais bien d'une belle surprise, d'un récit sans concession qui assume ses ambitions et livre aussi bien une intrigue captivante qu'une réflexion aboutie. On aime, on approuve, on cautionne.
Un roman aussi lumineux que douloureux, qui analyse la façon dont l'on vit et pourrait vivre un jour le décès avec beaucoup de pertinence, et dont la lecture ne se fait pas sans quelques pics d'émotion. Une belle découverte !

Note attribuée : 8/10

samedi 4 mars 2017

Bilan du mois - [Février 2017]

Bonjour à tous !

Je vous retrouve après un très accaparant mois de Février, heureusement terminé, qui ne m'aura pas laissé autant de temps que je l'aurais voulu pour bavarder avec vous : mais n'ayez crainte, mes devoirs ont été accomplis, le temps du labeur est passé, et je compte bien être des plus dynamiques ce mois-ci. J'ai tout de même bien lu en Février, avec onze romans au compteur ! 

J'ai adoré...
Quand le monstre naîtra de Nicolas Michel : un roman historique très émouvant, notamment grâce au point de vue d'une narratrice âgée qui porte un regard tendre vers son enfance au cœur de la Seconde Guerre mondiale...
L'Exercice de la Médecine de Laurent Seksik : petite - immense ! - découverte du romancier Laurent Seksik, dont la plume, les idées et la formidable intuition donnent des romans aussi riches que subtils. Ici, une réussite totale avec l'Exercice de la Médecine... 
Romain Gary s'en va-t-en guerre de Laurent Seksik : sans surprise donc, autre très belle découverte dont je me dépêcherai de vous toucher un mot !
Rien ni personne de Lorris Murail : une magnifique histoire tout en émotions brutes, aux personnages brisés inoubliables, et à l'écriture en un mot bluffante. C'EST TOUT.

J'ai beaucoup aimé...
La Vocation de Sophie Fontanel : un roman à forte dimension autobiographique dans lequel je me suis plongée avec force gourmandise et fort plaisir...
La Maison des reflets de Camille Brissot : une histoire de science-fiction qui n'a l'air de rien au premier abord, mais réserve à ses lecteurs une forte portée morale et une cascade d'émotions.
If I was your girl de Meredith Russo - VO : un livre très réussi, abordant avec délicatesse et sincérité le destin d'une adolescente transsexuelle... À lire ! 
Je suis ton soleil de Marie Pavlenko : un roman marquant par son authenticité et la voix unique de son héroïne, à qui il ne viendrait jamais à l'idée de se désigner comme telle.

J'ai bien aimé...
Feu couleur 1 de Jenny Valentine : un récit déstabilisant et imprévisible qui m'a beaucoup touchée, notamment grâce à la voix de son héroïne, dont le père qu'elle n'a jamais vraiment connu l'appelle à son chevet alors qu'il ne lui reste que quelques semaines à vivre...
Alexia Vassilkov ou la vie tumultueuse du fils de Maupassant de Bernard Prou : une histoire rocambolesque et détonante à propos du fils complètement oublié de Maupassant - oui, c'est à peine écrit dans le titre. Navrée. 

J'ai été déçue...
The Winner's Curse de Maria Rutkoski - VO : un roman assez unanimement acclamé, mais qui m'a personnellement laissée plus dubitative qu'autre chose...

Sur ce, il ne me reste qu'à vous souhaiter un excellentissime mois de mars.

Et oui.
SPRING IS COMING.
[Tamtamtatatamtamtatatam]

mardi 28 février 2017

Alexis Vassilkov ou la Vie Tumultueuse du Fils de Maupassant de Bernard Prou - Chronique n°297


Titre : Alexis Vassilkov ou la Vie Tumultueuse du Fils de Maupassant
Auteur : Bernard Prou
Genre : Biographie
Editions : Le Livre de Poche
Lu en : français
Résumé : À la veille de sa mort, Guy de Maupassant connaît une ultime idylle avec la peintre Lioubov Andréievna Vassilkova. Les tribulations d'Alexis, leur fils irrévélé, le conduisent dans la Russie révolutionnaire. Bientôt le jeune médecin fait partie de l'entourage proche de Staline et se retrouve déporté au goulag de Mirny, en Sibérie, où il est initié à la franc-maçonnerie dans une loge clandestine. Ses engagements, sa bonne fortune, l'appui occulte d'un chamane yakoute et l'amour de la belle Ayami, lui rendent la liberté et la France de son enfance. En 1940, Alexis rejoint la Résistance dans le maquis de Haute-Loire. Les aventures d'Alexis Vassilkov, personnage hors du commun que le dramaturge Fernando Arrabal a qualifié de héros strogoffien, épousent les turbulences du XXème siècle jusque bien après-guerre dans un même souffle épique et picaresque. Un livre qui vous emporte dans un tourbillon de sentiments et qui arrive avec une alchimie rare à mélanger ma passion pour la littérature, l'histoire et les grands espaces désertiques de la Sibérie. 

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J'aime m'emparer d'un roman à l'aveuglette, simplement à cause de ou grâce à son titre amusant, comme ce fut ici le cas pour Alexis Vassilkov, a priori cet intrigant fils de Maupassant que personne ne connaît ni d'Eve ni d'Adam - oui, je fais des rimes, c'est une innovation dans ma vie.

La curiosité éveillée par le résumé qui promet des aventures palpitantes dans des décors aussi divers que la Russie révolutionnaire, les camps du goulag ou la France résistante, on s'immerge très vite dans ce récit fluide et entraînant, qui raconte évidemment la rencontre de Guy de Maupassant et de Liouba, la naissance de leur fils pratiquement simultanée à la mort de l'écrivain devenu fou, puis l'enfance et l'adolescence du jeune Alexis, en France puis en Russie. Les épisodes rocambolesques se succèdent, et alternent également avec des chapitres consacrés à d'autres destins, à des personnages tiers qui viennent compléter le tableau à considérer. On peut parfois être légèrement déconcerté par cet afflux d'idées, d'éclectisme et de précision historique, mais le tout s'avère très distrayant et passionnant, malgré quelques petites baisses de rythme de temps à autre.

La démarche de l'auteur, à savoir faire découvrir un illustre inconnu dont le destin mériterait d'être aussi fameux que celui de son père, se révèle tout à fait honorable et même réussie : le roman se lit sans encombre aucune, grâce notamment au portrait très fort du personnage d'Alexis, dépeint de façon complète et attachante, que l'on se plaît à suivre dans les étapes de sa vie, globalement peu joyeuses tout de même - entre les communistes, le goulag et les nazis, on part quand même sur une base de bonne vie moyennement agréable -, et pourtant parsemées d'humour et toujours dynamiques et porteuses d'espoir.

En bref , un mélange improbable mais non moins plaisant de tranches de vie et de réflexions philosophiques, d'horreur et d'espoir, d'historique et d'anecdotique, un roman qui ne plaira sans doute pas à tous, mais qui présente indéniablement une originalité et un intérêt certains...

Note attribuée : 7,5/10